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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 90 (2003) 33.

 

En attente de diagnostic

par Jean-Claude Breton
 

Normand Provencher
Trop tard? L'avenir de l'Église d'ici
Ottawa, Novalis, 231 p.

 

À l’occasion du drame de la navette spatiale Columbia, Marc Garneau répondait ainsi à la question sur la reprise des activités : « On va analyser les faits, essayer de trouver les causes et quand on y aura remédier, on pourra reprendre les vols. » En entendant ces propos, j’ai compris ce qui m’avait distrait tout au long de la lecture du livre de Normand Provencher Trop tard? Le livre offre un diagnostic complet sur les maux qui affublent l’Église d’ici, mais sans vraiment proposer d’explications susceptibles de permettre d’entreprendre le traitement de la maladie.

     Il y a beaucoup de vérités dans ce petit livre. La description des changements advenus dans l’Église du Québec est presque exhaustive. Il suffit de parcourir les titres des chapitres pour s’en convaincre. Une Église en recherche, en déclin; une Église qui ne transmet plus, n’arrive pas à rencontrer la société moderne. Une Église qui n’est pas tout à fait crédible, qui hypothèque son avenir. Une Église en panne d’imagination, en phase terminale et malgré tout dans l’attente de l’improbable.

     Laissons de côté pour le moment cette ouverture sur l’espérance du dernier chapitre et admettons franchement que l’auteur sait de quoi il parle. Son évocation de l’Église d’autrefois, à l’aide aussi bien de statistiques que de souvenirs personnels, n’a d’égale que son portrait détaillé de la situation actuelle. Chaque chapitre brosse un portrait juste et vrai d’un aspect de la réalité, bien documenté et appuyé par des documents fiables. On devrait donc lire ce livre inquiétant par son contenu sans se questionner sur sa confection. Et pourtant, tout au long de la lecture, l’attention décroche non seulement parce qu’on connaît déjà ce qui est décrit, mais surtout parce qu’on voit venir les prétendues signes d’espérance, sinon solutions.

     Comme si de rêver à des lendemains qui chantent avait déjà changé la réalité des jours tristes. Bien sûr, les rêves peuvent aider, mais à conditions qu’on leur donne des mains, comme disait Péguy. Pour ce faire, si on se fie aux propos de Marc Garneau, faut-il encore consentir à chercher et trouver la tâche à accomplir.

     Si l’Église d’ici a manqué son rendez-vous avec la modernité et les moyens de communications, si elle n’est plus crédible et ne rejoint plus vraiment les jeunes, peut-être faudrait-il commencer à se demander qu’est-ce qui, dans ses positions et ses pratiques, a pu produire ces résultats? Pourquoi beaucoup de gens, autrefois sincèrement impliqués dans son fonctionnement, l’ont-ils quittée sur la pointe des pieds? Quels sont les choix pastoraux des différents niveaux d’autorité qui ont fait que, trop souvent, on ne suscite plus de vocations presbytérales et on ne motive qu’une infime minorité à s’engager dans des projets ecclésiaux?

     Déjà certains des signes prometteurs d’un avenir meilleur signalés par l’auteur sont remis en question par des décisions de la hiérarchie; l’absolution collective, par exemple. Il n’aurait pas été très malaisé pour un auteur si bien informé de suggérer quelques explications réelles aux culs-de-sac dans lesquels nous nous retrouvons enfermés. Faute d’un diagnostic plus précis, on peut se demander si la flamme d’espérance qu’il veut rallumer recevra un accueil favorable, ou si elle ne manquera pas plutôt de la crédibilité qui fait tant défaut à l’Église décrite.

Ce qui manque…

     Tout n’est pas à oublier ni à refuser dans ce livre. Encore faudrait-il avoir le courage d’en pousser le projet jusqu’au bout. Entre le pessimisme, refusé par l’auteur, et l’espérance promise plus que fondée, il aurait été nécessaire, il me semble, d’oser nommer les décisions malheureuses, d’identifier les pratiques stériles, de dénoncer les complicités avec un passé pas toujours très chrétien ni évangélique. Il ne suffit pas de renoncer à la nostalgie pour sortir des ornières où notre Église semble enfoncer de façon irrémédiable. Prenons un exemple que l’auteur, membre de l’équipe du Prions en Église depuis des années, devrait comprendre. Sous prétexte d’offrir aux croyantes et croyants un outil de qualité et facile à utiliser, n’a-t-on pas enfermé la liturgie dans un cadre fixe, pour ne pas dire mortifère, dont il semble maintenant impossible de sortir? Pour que l’outil en question soit vraiment utile, ne faudrait-il pas consentir à briser des habitudes, à fournir de longues explications et à accepter la diminution des ventes! Tout cela est bien difficile à envisager, surtout pour des profits qu’on ne peut pas garantir. Alors acceptons le statu quo et préparons-nous aux funérailles, mais, de grâce, sans faire miroiter un avenir meilleur!

 

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