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En
attente de diagnostic
par Jean-Claude Breton Normand Provencher
À loccasion du drame de la navette spatiale Columbia, Marc Garneau répondait ainsi à la question sur la reprise des activités : « On va analyser les faits, essayer de trouver les causes et quand on y aura remédier, on pourra reprendre les vols. » En entendant ces propos, jai compris ce qui mavait distrait tout au long de la lecture du livre de Normand Provencher Trop tard? Le livre offre un diagnostic complet sur les maux qui affublent lÉglise dici, mais sans vraiment proposer dexplications susceptibles de permettre dentreprendre le traitement de la maladie. Il y a beaucoup de vérités dans ce petit livre. La description des changements advenus dans lÉglise du Québec est presque exhaustive. Il suffit de parcourir les titres des chapitres pour sen convaincre. Une Église en recherche, en déclin; une Église qui ne transmet plus, narrive pas à rencontrer la société moderne. Une Église qui nest pas tout à fait crédible, qui hypothèque son avenir. Une Église en panne dimagination, en phase terminale et malgré tout dans lattente de limprobable. Laissons de côté pour le moment cette ouverture sur lespérance du dernier chapitre et admettons franchement que lauteur sait de quoi il parle. Son évocation de lÉglise dautrefois, à laide aussi bien de statistiques que de souvenirs personnels, na dégale que son portrait détaillé de la situation actuelle. Chaque chapitre brosse un portrait juste et vrai dun aspect de la réalité, bien documenté et appuyé par des documents fiables. On devrait donc lire ce livre inquiétant par son contenu sans se questionner sur sa confection. Et pourtant, tout au long de la lecture, lattention décroche non seulement parce quon connaît déjà ce qui est décrit, mais surtout parce quon voit venir les prétendues signes despérance, sinon solutions. Comme si de rêver à des lendemains qui chantent avait déjà changé la réalité des jours tristes. Bien sûr, les rêves peuvent aider, mais à conditions quon leur donne des mains, comme disait Péguy. Pour ce faire, si on se fie aux propos de Marc Garneau, faut-il encore consentir à chercher et trouver la tâche à accomplir. Si lÉglise dici a manqué son rendez-vous avec la modernité et les moyens de communications, si elle nest plus crédible et ne rejoint plus vraiment les jeunes, peut-être faudrait-il commencer à se demander quest-ce qui, dans ses positions et ses pratiques, a pu produire ces résultats? Pourquoi beaucoup de gens, autrefois sincèrement impliqués dans son fonctionnement, lont-ils quittée sur la pointe des pieds? Quels sont les choix pastoraux des différents niveaux dautorité qui ont fait que, trop souvent, on ne suscite plus de vocations presbytérales et on ne motive quune infime minorité à sengager dans des projets ecclésiaux? Déjà certains des signes prometteurs dun avenir meilleur signalés par lauteur sont remis en question par des décisions de la hiérarchie; labsolution collective, par exemple. Il naurait pas été très malaisé pour un auteur si bien informé de suggérer quelques explications réelles aux culs-de-sac dans lesquels nous nous retrouvons enfermés. Faute dun diagnostic plus précis, on peut se demander si la flamme despérance quil veut rallumer recevra un accueil favorable, ou si elle ne manquera pas plutôt de la crédibilité qui fait tant défaut à lÉglise décrite. Ce qui manque Tout nest pas à oublier ni à refuser dans ce livre. Encore faudrait-il avoir le courage den pousser le projet jusquau bout. Entre le pessimisme, refusé par lauteur, et lespérance promise plus que fondée, il aurait été nécessaire, il me semble, doser nommer les décisions malheureuses, didentifier les pratiques stériles, de dénoncer les complicités avec un passé pas toujours très chrétien ni évangélique. Il ne suffit pas de renoncer à la nostalgie pour sortir des ornières où notre Église semble enfoncer de façon irrémédiable. Prenons un exemple que lauteur, membre de léquipe du Prions en Église depuis des années, devrait comprendre. Sous prétexte doffrir aux croyantes et croyants un outil de qualité et facile à utiliser, na-t-on pas enfermé la liturgie dans un cadre fixe, pour ne pas dire mortifère, dont il semble maintenant impossible de sortir? Pour que loutil en question soit vraiment utile, ne faudrait-il pas consentir à briser des habitudes, à fournir de longues explications et à accepter la diminution des ventes! Tout cela est bien difficile à envisager, surtout pour des profits quon ne peut pas garantir. Alors acceptons le statu quo et préparons-nous aux funérailles, mais, de grâce, sans faire miroiter un avenir meilleur! |
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