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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 53 (1998) 29.

 

Vaste et passionnante

par Facbrice Blée
 

Frédéric Lenoir et Ysé Tardan-Masquelier (dir.)
Encyclopédie des religions
Paris, Bayard, 1997, 2 volumes, 2468 p.

 

L’Encyclopédie des religions en deux volumes récemment publiée aux Éditions Bayard est un monument qui s’inscrit dans l’air du temps. Elle répond à l’intérêt croissant que suscitent aujourd’hui les grandes traditions religieuses.

     Le pluralisme religieux et le besoin urgent de trouver un sens profond à l'existence forcent la remise en question des repères traditionnels et ouvrent la voie à de nouveaux comportements. Mais cela n'est pas sans danger. D'un côté, il y a le risque de perdre les multiples héritages culturels et religieux, de l'autre, celui de céder au fondamentalisme. L'Encyclopédie des religions se veut justement une aide précieuse pour relever les défis inhérents à la culture globale émergeante.

     D'abord, elle se pose en réaction à la perte de la mémoire religieuse qui accompagne l'évolution des sociétés modernes; elle offre en ce sens un regard cohérent et exhaustif sur les religions du monde grâce à sa double approche, historique et thématique. Le premier volume retrace la genèse et l'évolution des grands systèmes religieux de la préhistoire à nos jours. Elle permet de découvrir les figures fondatrices, les doctrines essentielles et l'histoire complexe des religions de l'humanité. Quant au second volume, il réunit des articles sur différentes religions autour de thèmes fondamentaux comme le divin, l'origine de l'homme, le mal, l'éthique, la mort ou encore l'expérience mystique. L’Encyclopédie compte 2500 pages, 228 articles, 130 auteurs du monde entier, dont deux professeurs québécois de I'Université Laval, André Couture et Bernard Saladin d'Anglure, 160 dessins originaux, mais aussi des portraits de grandes figures religieuses et des extraits des plus grands textes sacrés. Voilà un outil au contenu très riche, qui par ailleurs est pratique et facile à utiliser. Plus de 5000 mots sont répertoriés en quatre index : personnages historiques et mythiques, traités religieux, mythes. On regrette cependant l'insuffisance de l'index thématique et l'absence d'index des religions.

Outil de dialogue

     L'Encyclopédie se présente ensuite comme un outil de dialogue. Son souci constant d'objectivité et son respect de la différence religieuse permettent d'informer, d'interroger, d'analyser, de comparer, sans jamais verser dans un quelconque prosélytisme. Le second volume joue ici un rôle particulièrement important, car il offre une lecture comparatiste des principales questions et phénomènes religieux. On y traite des caractéristiques de la nouvelle religiosité, parmi lesquelles on retrouve l'importance de l'individu, envisagé comme un tout et dont il faut développer le potentiel, la demande du corps, le besoin d'unité et d'intériorité et le retour à la tradition. Je voudrais enfin attirer l'attention sur deux articles en particulier, celui de Frédéric Lenoir qui porte sur les spiritualités orientales en Occident et celui de Claude Jeffré sur le dialogue interreligieux. Le premier dégage les enjeux et les défis de la rencontre spirituelle entre l'Orient et l'Occident, et montre que l'engouement actuel dans notre société surtout pour le bouddhisme n'est pas nouveau en soi. Le second article traite de la nouveauté du dialogue, des conditions d'un vrai dialogue, de la vision chrétienne et de l'avenir du dialogue. Voilà deux des nombreux articles qui préparent le lecteur à la rencontre entre les religions.

Indispensable malgré quelques réserves

     Toutefois, la classification des grandes traditions religieuses sur laquelle repose le premier volume contredit les bonnes intentions de l'Encyclopédie. Il est en effet question du judaïsme, du christianisme, de l'islam, des religions de l'Inde, des religions d'Extrême-Orient et des religions indigènes. Or, identifier une religion comme le bouddhisme à une aire géographique conduit à une position relativiste, car si le bouddhisme est né en Inde, il est en soi irréductible à une civilisation particulière et, malgré ses liens historiques avec l'Asie, il reconnaît l'universalité de la nature de Bouddha. Une telle identification ne rend pas non plus justice à l'islam dont les deux tiers des fidèles sont asiatiques, ni au christianisme qui, d'après cette logique, serait une « religion occidentale », ce qui va justement à l’encontre de l'effort actuel qui consiste à rendre à la Révélation chrétienne sa portée radicalement universelle.

     L'autre point qui dessert la cause du dialogue se rapporte à l'utilisation de l'expression « religions indigènes » qui d'emblée porte un jugement négatif sur un ensemble de religions issues d'horizons divers. Cette expression véhicule l'idée évolutionniste qui, dans un rapport inférieur/supérieur, oppose la religion indigène à la religion civilisée et moderne; le respect faisant place ici à la condescendance.

     Mais ces quelques remarques à propos de la table des matières n'enlèvent rien à la richesse et à la profondeur des articles qui sont l'occasion de découvrir ou d'approfondir la culture historique et religieuse de l'humanité. C'est un ouvrage savant, accessible et innovateur, car il bénéficie d'une expertise internationale et pluridisciplinaire. L'univers religieux est scruté sous un angle historique, sociologique, anthropologique, théologique et psychanalytique. L'Encyclopédie des religions est finalement un outil de travail indispensable pour les étudiants et les professeurs et pour toute personne décidée à participer à la grande aventure interreligieuse.

N.D.L.R. Une nouvelle édition, revue et augmentée, a été publiée en 2000 chez le même éditeur. C’est cette nouvelle édition qui est représentée ci-contre.

 

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