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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 89 (2003) 33.

 

Un grand livre

par Denis Gagnon
 

Fernand Ouellette
Le danger du divin
Montréal, Fides, 2002, 253 p.

 

Une chose était sûre: j’allais lire de la belle écriture! Fernand Ouellette écrit bien. Il a, des vrais poètes, le mot précis et large tout à la fois. Le vocabulaire est riche. La culture est vaste. Il allait sans doute citer Thérèse de Lisieux qu’il chérit particulièrement. Mais bien d’autres viendraient enrichir ses propos: Augustin, Bernanos, Claudel, Mauriac, Newman, Dante, pour ne nommer que ceux qui apparaissent dans les 20 premières pages. Donc, du côté littéraire, aucune inquiétude!

     Je craignais davantage le récit lui-même. Habituellement, les histoires de conversion m’agacent. Les convertis de fraîche date ont le don de monter en épingle leur transformation. Ils la présentent soudaine, pittoresque, hors du commun. Ils versent facilement dans la pensée magique. Les moindres coïncidences deviennent des miracles ou des apparitions divines. Les changements sont tellement radicaux qu’ils rendent méprisables tout ce qui a été vécu antérieurement. Et les sceptiques comme les tièdes sont condamnés radicalement.

Avec précaution

     Fernand Ouellette allait-il verser à son tour dans le sensationnel et nous inonder d’émotivité? Eh bien non! C’est lentement qu’il nous amène à l’événement déclencheur de sa conversion. Avec précaution. Moins pour atténuer notre surprise que pour bien mesurer le terrain glissant sur lequel il s’aventure et nous entraîne. Tout au long du récit, il garde cette distance qui donne au récit une grande objectivité tout en ne refusant pas les dimensions subjectives que suppose toute conversion. Une distance pour demeurer vrai, pour jauger l’authenticité du changement. En même temps, le courage de plonger dans l’inconnu, attirant et apeurant tout à la fois.

     Fernand Ouellette raconte avec précaution d’autant plus que la démarche demeure simple tout au long. Rien de spectaculaire ou de clinquant puisque Dieu verse rarement dans le spectaculaire. « Cela avait commencé au creux de la nuit, sans témoin, dans une mise au net du vieil homme. Ainsi agit l’Esprit, comme s’il avait voulu me montrer que tout mon être sortait de sa mort comme un jour mon corps sortirait de sa terre. Je croyais bien dormir, mais l’Esprit, avec son Amour lumineux, me rejoignait dans le fond de l’âme, me prenait par surprise, me travaillait pendant que dormaient mes sens pour que tout fût spirituel. Voilà ce qu’est un coup d’Esprit Saint, comme on évoque un coup de soleil. »

Des influences

     Thérèse de Lisieux - il fallait s’y attendre - était de la partie. « Mon retour vers le Père, vers le Christ, vers l’Esprit et vers l’Église, qui est par définition une expérience unique, avait donc commencé, à mon insu, grâce à mes longs trajets avec Thérèse de Lisieux. Celle-ci, avec une discrétion extrême, avec ses supplications, m’attirait l’être pour le soulever vers Dieu. et dans ma lutte secrète avec l’Ange, elle m’a peut-être fait un croc-en-jambe et m’a fait perdre pied. Ou du moins, l’Esprit Saint s’est bien servi d’elle. »

     Un poème allait lancer définitivement le bateau à la mer. Il avait été dicté par sa petite-fille Laurence, âgée de six ans, pour souligner les 66 ans de son grand-papa. « Comme si le texte avait été en soi une petite apocalypse de ma vie profonde. Chaque mot se dévoilait, pour toujours, dans mon esprit. L’écrit d’un enfant de six ans était devenu le texte le plus significatif, le plus illuminant qui m’avait été adressé. Il se maintenait, irradiant, dans la lumière même du don de l’Esprit. »

     L’ensemble de l’ouvrage reprend l’essentiel de la foi dans une théologie juste, accessible. Le propos fait partie des oeuvres mystiques, mais il ne perd rien de la vie concrète. Ouellette ne dit rien sans s’appuyer sur le réel, sans vérifier ce qu’il avance. Il est trop conscient du danger que cache le divin ou l’illusion qu’on peut en avoir. « N’est-ce pas une vanité de belle âme, d’ailleurs, que de parler ainsi, de s’imaginer en travail? Une complaisance devant le miroir? Et, en même temps, en le disant, d’avoir le sentiment d’effleurer le ridicule, de tomber dans un piège. Comment oser parler de nuit après Jean de la Croix! Après tant de victimes de camps de la mort! »

     Le chapitre de conclusion est particulièrement bouleversant. Fernand Ouellette raconte comment il entrevoit la fin de sa vie, comment il apprivoise la mort et se laisse apprivoiser par elle. Pour pouvoir vivre sa mort dans la foi, une foi sereine, confiante, toute abandonnée à Dieu. C’est lumineux. Cette conclusion confère à l’ensemble de l’ouvrage un aspect testamentaire. « D’une certaine façon, ma mort est mon enfant, et je dois l’aider à naître depuis ma vie entière. J’ose espérer que je serai capable de dire: “Mon coeur est prêt, ô Dieu”. »

     Un grand livre que Le danger du divin, de Fernand Ouellette!

 

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