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Un
grand livre
par Denis Gagnon Fernand Ouellette
Une chose était sûre: jallais lire de la belle écriture! Fernand Ouellette écrit bien. Il a, des vrais poètes, le mot précis et large tout à la fois. Le vocabulaire est riche. La culture est vaste. Il allait sans doute citer Thérèse de Lisieux quil chérit particulièrement. Mais bien dautres viendraient enrichir ses propos: Augustin, Bernanos, Claudel, Mauriac, Newman, Dante, pour ne nommer que ceux qui apparaissent dans les 20 premières pages. Donc, du côté littéraire, aucune inquiétude! Je craignais davantage le récit lui-même. Habituellement, les histoires de conversion magacent. Les convertis de fraîche date ont le don de monter en épingle leur transformation. Ils la présentent soudaine, pittoresque, hors du commun. Ils versent facilement dans la pensée magique. Les moindres coïncidences deviennent des miracles ou des apparitions divines. Les changements sont tellement radicaux quils rendent méprisables tout ce qui a été vécu antérieurement. Et les sceptiques comme les tièdes sont condamnés radicalement. Avec précaution Fernand Ouellette allait-il verser à son tour dans le sensationnel et nous inonder démotivité? Eh bien non! Cest lentement quil nous amène à lévénement déclencheur de sa conversion. Avec précaution. Moins pour atténuer notre surprise que pour bien mesurer le terrain glissant sur lequel il saventure et nous entraîne. Tout au long du récit, il garde cette distance qui donne au récit une grande objectivité tout en ne refusant pas les dimensions subjectives que suppose toute conversion. Une distance pour demeurer vrai, pour jauger lauthenticité du changement. En même temps, le courage de plonger dans linconnu, attirant et apeurant tout à la fois. Fernand Ouellette raconte avec précaution dautant plus que la démarche demeure simple tout au long. Rien de spectaculaire ou de clinquant puisque Dieu verse rarement dans le spectaculaire. « Cela avait commencé au creux de la nuit, sans témoin, dans une mise au net du vieil homme. Ainsi agit lEsprit, comme sil avait voulu me montrer que tout mon être sortait de sa mort comme un jour mon corps sortirait de sa terre. Je croyais bien dormir, mais lEsprit, avec son Amour lumineux, me rejoignait dans le fond de lâme, me prenait par surprise, me travaillait pendant que dormaient mes sens pour que tout fût spirituel. Voilà ce quest un coup dEsprit Saint, comme on évoque un coup de soleil. » Des influences Thérèse de Lisieux - il fallait sy attendre - était de la partie. « Mon retour vers le Père, vers le Christ, vers lEsprit et vers lÉglise, qui est par définition une expérience unique, avait donc commencé, à mon insu, grâce à mes longs trajets avec Thérèse de Lisieux. Celle-ci, avec une discrétion extrême, avec ses supplications, mattirait lêtre pour le soulever vers Dieu. et dans ma lutte secrète avec lAnge, elle ma peut-être fait un croc-en-jambe et ma fait perdre pied. Ou du moins, lEsprit Saint sest bien servi delle. » Un poème allait lancer définitivement le bateau à la mer. Il avait été dicté par sa petite-fille Laurence, âgée de six ans, pour souligner les 66 ans de son grand-papa. « Comme si le texte avait été en soi une petite apocalypse de ma vie profonde. Chaque mot se dévoilait, pour toujours, dans mon esprit. Lécrit dun enfant de six ans était devenu le texte le plus significatif, le plus illuminant qui mavait été adressé. Il se maintenait, irradiant, dans la lumière même du don de lEsprit. » Lensemble de louvrage reprend lessentiel de la foi dans une théologie juste, accessible. Le propos fait partie des oeuvres mystiques, mais il ne perd rien de la vie concrète. Ouellette ne dit rien sans sappuyer sur le réel, sans vérifier ce quil avance. Il est trop conscient du danger que cache le divin ou lillusion quon peut en avoir. « Nest-ce pas une vanité de belle âme, dailleurs, que de parler ainsi, de simaginer en travail? Une complaisance devant le miroir? Et, en même temps, en le disant, davoir le sentiment deffleurer le ridicule, de tomber dans un piège. Comment oser parler de nuit après Jean de la Croix! Après tant de victimes de camps de la mort! » Le chapitre de conclusion est particulièrement bouleversant. Fernand Ouellette raconte comment il entrevoit la fin de sa vie, comment il apprivoise la mort et se laisse apprivoiser par elle. Pour pouvoir vivre sa mort dans la foi, une foi sereine, confiante, toute abandonnée à Dieu. Cest lumineux. Cette conclusion confère à lensemble de louvrage un aspect testamentaire. « Dune certaine façon, ma mort est mon enfant, et je dois laider à naître depuis ma vie entière. Jose espérer que je serai capable de dire: Mon coeur est prêt, ô Dieu. » Un grand livre que Le danger du divin, de Fernand Ouellette! |
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