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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 54 (1998) 29.

 

Histoire des théologies chrétiennes

par Jean-Claude Breton
 

Evangelista Vilanova
Histoire des théologies chrétiennes
Paris, Cerf (Initiations), 1997, 3 volumes.

 

Trois tomes, plus de 3000 pages de textes, des préfaces élogieuses de Joseph Doré, Miquel Batllori et Giuseppe Alberigo, sans compter une lettre-préface du Père Chenu, voilà autant de signes de l'ampleur du projet et de l'enthousiasme qu'il a suscité dès sa première édition espagnole en 1989. La traduction française disponible depuis la fin de 1997 a été assurée par Luc Durban et Jacques Mignon aux Éditions du Cerf.

     Evangelista Vilanova propose ici le fruit de son enseignement, non pas comme « synthèse achevée, (...) mais comme un panorama de l'élaboration de la théologie au cours du temps ». Même s'il s'est fait aider à l'occasion, il convient d'entrée de jeu de saluer la culture et le savoir de l'auteur et de le remercier d'offrir un outil de travail particulièrement soigné.

     Le tome premier couvre la période allant de la théologie biblique, c'est-à-dire celle proposée dans le Nouveau Testament, jusqu'à la veille de la Réforme. Le deuxième tome, plus bref avec ses quelque 900 pages, va de la pré-réforme aux retombées du concile de Trente. Enfin le troisième reprend le flambeau au 18e siècle pour mener jusqu'aux pratiques théologiques actuelles.

     Inutile de reprocher à l'auteur de ne pas avoir tout dit; il nous avertit lui-même de l'impossibilité de le faire. Le tronc principal est toutefois suffisamment nourri pour permettre d'y greffer les événements et les auteurs négligés. Ainsi, les théologiens d'ici sont pratiquement absents de ce parcours et ils ne sont pas les seuls à subir ce traitement. L'auteur explique, à propos des théologiens américains traités de la même manière, qu'il n'a pas voulu effleurer ce qu'il ne pouvait pas suffisamment approfondir.

Le pour et le contre

     Sans pouvoir tout dire, faute d'espace, il s'impose de souligner les grandes qualités et les petits défauts. La clarté de la présentation est exceptionnelle, non seulement quand Vilanova rapporte les faits historiques mais aussi quand il se livre à l'analyse de la pensée de l'un ou l'autre théologien ou philosophe plus important. Je tiens à signaler, pour ma part, les présentations exceptionnelles d'Origène et de Kant.

     Le lecteur-spécialiste trouvera parfois discutables les options adoptées. Déjà l'historien de la théologie pouvait avoir le goût de contester sur un point ou l'autre le parcours proposé; les théologiens spécialisés sur une période ou un auteur ne manqueront pas d'éprouver quelques malaises ou de formuler quelques objections. Cela signifie que Vilanova s'est situé et qu'il ne craint pas d'afficher ses couleurs, lorsqu'il y voit une façon d'ajouter à la clarté ou à la pertinence de son propos.

     L'histoire mise ici de l'avant est certainement européenne et même catalane dans plusieurs allusions à l'Espagne. Bien sûr, tous les continents, ou presque (l'Océanie est absente!), sont présents dans les tableaux de la situation contemporaine, mais le point de vue demeure euro-centriste et nous prive ainsi d'un regard plus généreux sur la tradition chrétienne d'Orient. Plus qu'une question d'espace, faut-il sans doute voir là la conséquence d'une conception de l'histoire où l'historien se reconnaît personnellement impliqué. À preuve les options tranchées au sujet de la théologie contemporaine et les jugements audacieux sur le fondamentalisme romain.

      Pour revenir à l'Espagne, régulièrement présentée à tous les moments de l'histoire, Vilanova ne craint pas de souligner sa pauvreté théologique au 20e siècle. De la guerre civile jusque dans les années suivant le concile Vatican II, l'Espagne semble avoir été préoccupée de consolider un catholicisme national aux yeux fermés sur les enjeux contemporains. Serait-il permis d'y voir une raison de la fécondité espagnole à engendrer des mouvements comme le Néo-catéchuménat, le Curcillo et l'Opus Dei?

Pour qui?

     Vous devinez bien que ce livre n'est pas facilement accessible à toutes les bourses et qu'i1 constitue un « investissement » qui mérite réflexion. Les étudiants qui entreprennent des études supérieures en théologie devraient sans doute consentir à ce placement. De même, les théologiens et les pasteurs dont la formation date quelque peu gagneraient à rafraîchir leurs connaissances et à se donner des repères pour situer les mouvements en train de naître. Enfin, les personnes qui s'intéressent à l'histoire en général et qui désirent apprécier le rôle qu'y ont joué la foi et la religion y trouveront leur profit, même si elles n'ont pas de formation en théologie ou en philosophie. Car les philosophes aussi apprécieront ce panorama historique, étant donné la place décisive que la théologie accorde à la philosophie.

     J'ai le goût aussi de répondre à une autre question: de la part de qui? Il me semble en effet que ce livre pourrait faire l'objet d'un cadeau apprécié que pourrait offrir différents groupes ou personnes. Le conseil de pastorale d'une paroisse pourrait ainsi décider d'en faire le cadeau de Noël du curé, de même que les amis d'un diplômé y trouver le signe de reconnaissance de l'effort fourni. Des parents, ou peut-être encore des grands-parents, voudront l'offrir à la fille ou au fils qui poursuit des études en théologie. Et comme Vilanova, j'arrête sans épuiser la liste des exemples!

 

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