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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 55 (1998) 29.

 

Euthanasie et aide médicale au suicide

par Yves Cailhier*
 

Hubert Doucet
Les promesses du crépuscule
Réflexions sur l'euthanasie et l'aide médicale au suicide

Montréal, Fides ; Genève, Labor et Fides (Le champ éthique 31), 1998, 168 p.

 

Le problème de l'euthanasie et de l'aide médicale au suicide est aujourd'hui largement débattu sur la place publique et oblige les législateurs à intervenir sur le sujet. L'ouvrage que publie Hubert Doucet, professeur de bioéthique à la faculté de médecine et à la faculté de théologie de l'Université de Montréal, ne cherche pas à prendre position dans le débat. Il vise plutôt à présenter l'état de la question et à proposer quelques réflexions qui permettent d'élargir et d'approfondir le débat en tenant compte de toutes les dimensions du problème.

     Dans « la demande de changements juridiques dans différents pays » (chapitre premier), l'auteur constate une tendance à libéraliser les pratiques de l'euthanasie et de l'aide médicale au suicide. Il souligne en même temps la diversité culturelle manifestée dans les modes d'action proposés pour répondre aux difficultés posées par cette pratique, en particulier celle de « permettre aux malades d'être respectés dans l'expérience douloureuse et souffrante qu'est la maladie terminale ».

     Le second chapitre aborde la relation entre « médecine et euthanasie ». Deux courants s'opposent: l'un, dans la ligne de la médecine inspirée d'Hippocrate, considère l'euthanasie et l'aide médicale au suicide comme contraires au sens même de la médecine qui est de conserver et de prolonger la vie; l'autre, qu'on peut appeler la « médecine moderne » inspirée par le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), assigne pour fonction à la médecine d'assurer la santé le plus longtemps possible, mais aussi de « procurer au malade, lorsqu'il n'y a plus d'espérance, une mort douce et paisible ». Ces courants témoignent de deux visions de la médecine, mais aussi de deux anthropologies qui touchent, en particulier, le sens de la mort.

Vie sacrée et qualité de la vie

     Le troisième chapitre analyse « les arguments théologiques dans une culture sécularisée ». Ils se ramènent pour l'essentiel à l'affirmation de l'absolue souveraineté de Dieu sur la vie: la vie n'appartient qu'à Dieu, elle est sacrée (soutenue aussi dans une version séculière), elle est un don de Dieu. Ces arguments ont eu du poids dans le passé, mais ils sont aujourd'hui relativisés, du moins fortement nuancés, même par les théologiens qui insistent sur la responsabilité et la médiation humaines dans le plan créateur et sauveur de Dieu.

     Les arguments théologiques sont aujourd'hui mis à mal par « les arguments de la modernité: autonomie et qualité de la vie » (chapitre quatrième). L'auteur analyse longuement les concepts modernes d'« autonomie de l'individu » et de « qualité de la vie » et les conséquences qu'on en tire en faveur du libre choix de l'individu sur sa vie et sur sa mort. Il souligne l'opposition entre cette école de pensée « centrée sur l'être humain prenant totalement en main sa destinée> », et celle qui met « l'accent sur le caractère sacré de la vie, entendu dans son sens religieux ou séculier ».

L'apport du théologien aujourd'hui

     Le dernier chapitre porte sur « la contribution du théologien au débat sur l'euthanasie ». Dans un premier temps, l'auteur souligne les apports de la théologie à la question de l'euthanasie, en fournissant, entre autres, un cadre conceptuel à la discussion. Puis, il aborde la partie la plus originale de son livre: ce que la société attend aujourd'hui du théologien. Elle attend de lui qu'il témoigne de l'expérience de sa tradition religieuse sur « ce qu'est vivre, souffrir et mourir ». Le professeur Doucet développe quelques points de cette contribution qui lui paraissent importants: une vision globale de la personne et de son histoire attentive à l'humanité de la personne malade et de son environnement, une reconnaissance de la mort accueillie comme mystère et ouverture sur une espérance, une approche de la souffrance et de la mort « comme expérience individuelle, privée et qui ne peut être totalement partagée », enfin, une dimension de l'altérité et de la compassion qui peuvent se transformer en « promesse d'ouverture et d'espérance ».

     Tout au long de son livre, l'auteur souligne la tentation de réduire le problème de l'euthanasie. Il invite constamment à tenir compte de la personne qui souffre et qui se meurt selon la totalité de son humanité et en fonction de la qualité de notre vivre ensemble. En réaction contre la tentation de ramener tout le problème à ses aspects individuels et techniques, il ne cache pas son estime pour « l'expérience des soins palliatifs (qui) nous montre que les patients peuvent être aidés dans leur quête de sens et qu'une intégration de l'inacceptable demeure possible ». Un livre bien documenté, clair, humain et animé d'une intention spirituelle manifeste qui, tout en respectant le cheminement de chacun, invite à donner de l'ouverture à notre esprit et à notre coeur.

* Yves Cailhier, dominicain, est professeur au Collège dominicain de philosophie et de théologie à Ottawa.

 

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