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La
liberté dun homme de foi
par Jean-Claude Breton André Naud
Au début de lété dernier, notre ami et collègue André Naud nous a quittés. Non cependant sans avoir mis la dernière main à un ouvrage qui lui tenait à coeur et qui sans doute lui tenait le coeur en vie: son plaidoyer pour la liberté de lintelligence. André a souvent servi dinspiration à des collaborateurs de Présence et il me fait plaisir de lui rendre hommage et de le remercier pour sa générosité à recevoir nos journalistes en présentant modestement son dernier livre. Louvrage ne simpose pas par son format, 149 pages, ni par son appareil scientifique: quelques notes qui se veulent des références indispensables. Non, le livre simpose par la conviction de lauteur que lÉglise devrait changer son rapport aux dogmes. Par son attachement aussi à un guide en qui il reconnaît une référence indiscutable: Simone Weil. Rapport aux dogmes Au cours des siècles, lÉglise sest donné des repères privilégiés pour identifier sa foi. Avant même quelle ne soit séparée en catholique, orthodoxe et protestante, elle a proposé des formules auxquelles elle demande dadhérer. Si André Naud reconnaît, contrairement à certains croyants modernes qui ont perdu cette préoccupation, que les dogmes sont légitimes et utiles à la vie de foi, il refuse que lÉglise impose dy adhérer. Par un respect de lintelligence qui lui est inspiré par Simone Weil, il souhaiterait que linstitution cesse dobliger ses membres à adhérer à des formulations dont ils ne comprennent pas le sens ou ne voient plus la pertinence. Sous la même inspiration, André Naud souhaiterait que disparaisse du vocabulaire ecclésiastique lexpression anathema sit (« quil soit anathème ») qui conclut la plupart des formulations dogmatiques. Inspiré par Simone Weil Sans entrer dans les détails dune biographie présumée connue, André Naud mène son lecteur par la main dans les écrits de cette philosophe dorigine juive qui a entretenu une relation complexe avec le catholicisme. Il identifie avec précision les écrits quil retient et il situe leur portée, compte tenu du fait quun certain nombre dentre eux nont jamais connu la forme achevée dun texte prévu pour lédition. Trois textes sont ainsi privilégiés, sans oublier « La lettre à un religieux » et les Cahiers. Il sagit de « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de lamour de Dieu », du fragment dune lettre écrite au père Perrin (ajouté en appendice à Attente de Dieu) dun recueil de textes publiés sous le titre Pensées sans ordre concernant lamour de Dieu. Au risque de ne pas leur donner toute leur portée en procédant à une simple énumération, voici les 10 règles quAndré Naud reçoit du fragment déjà mentionné pour le traitement des dogmes. 1) Toujours soutenir ce quon pense. 2) Ne pas adhérer systématiquement. 3) Ne pas négliger de prier. 4) Être prêt à abandonner nimporte laquelle de ses idées dès linstant que lintelligence recevra plus de lumière. 5) Reconnaître limportance dun bloc compact de dogmes en dehors de la pensée comme quelque chose dinfiniment précieux. 6) Reconnaître que ce bloc est offert à lattention plutôt quà la croyance. 7) Elle consiste à dire de lÉcriture quelle est «le plus souvent» inspirée. 8) Faire confiance aux dogmes. 9) Ne pas oublier que ce qui vaut pour les Évangiles (inspiration) vaut aussi pour les dogmes. 10) Il faut avoir la même attitude desprit à légard des autres traditions religieuses ou métaphysiques et des autres textes sacrés, tout en ayant le droit destimer que la foi catholique est de toutes la plus pleine de lumière. Si lénumération de ces règles a pu attiser votre curiosité et vous donner le goût de connaître les commentaires quAndré Naud y ajoute, je ne suis pas certain quun résumé rapide du chapitre suivant, sur les assises de la pensée de Simone Weil, aurait le même effet. Non pas que les explications soient ici moins claires ou moins accessibles, mais parce quelles doivent être lues en entier et non pas dans un survol superficiel. Les commentaires qui précèdent renvoient aux trois premiers chapitres. Nous devrons nous contenter de donner le titre des trois autres, en espérant que ce qui précède aidera à en deviner le contenu. Il sagit de: « La fonction denseignement de lÉglise »; « Le nettoyage philosophique de la religion catholique» et « De Vatican II à Simone Weil »... La signification du parcours proposé par André Naud pourra varier énormément dun lecteur à lautre. Si je peux me le permettre, jinviterais le lecteur, quelle que soit sa réaction personnelle, à entrer en communion avec lexpérience souffrante de libération, qui fut celle de notre ami à lécoute de Simone Weil. |
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