url

photo

identification

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTREDOCUMENTSNOUVEAUTÉS

 

index

jaquette

 

Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 87 (2002) 29.

 

La liberté d’un homme de foi

par Jean-Claude Breton
 

André Naud
Les dogmes et le respect de l'intelligence.
Plaidoyer inspiré par Simone Weil

Montréal, Fides, 2002, 149p.

 

Au début de l’été dernier, notre ami et collègue André Naud nous a quittés. Non cependant sans avoir mis la dernière main à un ouvrage qui lui tenait à coeur et qui sans doute lui tenait le coeur en vie: son plaidoyer pour la liberté de l’intelligence. André a souvent servi d’inspiration à des collaborateurs de Présence et il me fait plaisir de lui rendre hommage et de le remercier pour sa générosité à recevoir nos journalistes en présentant modestement son dernier livre.

     L’ouvrage ne s’impose pas par son format, 149 pages, ni par son appareil scientifique: quelques notes qui se veulent des références indispensables. Non, le livre s’impose par la conviction de l’auteur que l’Église devrait changer son rapport aux dogmes. Par son attachement aussi à un guide en qui il reconnaît une référence indiscutable: Simone Weil.

Rapport aux dogmes

     Au cours des siècles, l’Église s’est donné des repères privilégiés pour identifier sa foi. Avant même qu’elle ne soit séparée en catholique, orthodoxe et protestante, elle a proposé des formules auxquelles elle demande d’adhérer. Si André Naud reconnaît, contrairement à certains croyants modernes qui ont perdu cette préoccupation, que les dogmes sont légitimes et utiles à la vie de foi, il refuse que l’Église impose d’y adhérer. Par un respect de l’intelligence qui lui est inspiré par Simone Weil, il souhaiterait que l’institution cesse d’obliger ses membres à adhérer à des formulations dont ils ne comprennent pas le sens ou ne voient plus la pertinence.

     Sous la même inspiration, André Naud souhaiterait que disparaisse du vocabulaire ecclésiastique l’expression anathema sit (« qu’il soit anathème ») qui conclut la plupart des formulations dogmatiques.

Inspiré par Simone Weil

     Sans entrer dans les détails d’une biographie présumée connue, André Naud mène son lecteur par la main dans les écrits de cette philosophe d’origine juive qui a entretenu une relation complexe avec le catholicisme. Il identifie avec précision les écrits qu’il retient et il situe leur portée, compte tenu du fait qu’un certain nombre d’entre eux n’ont jamais connu la forme achevée d’un texte prévu pour l’édition. Trois textes sont ainsi privilégiés, sans oublier « La lettre à un religieux » et les Cahiers. Il s’agit de « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’amour de Dieu », du fragment d’une lettre écrite au père Perrin (ajouté en appendice à Attente de Dieu) d’un recueil de textes publiés sous le titre Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu.

     Au risque de ne pas leur donner toute leur portée en procédant à une simple énumération, voici les 10 règles qu’André Naud reçoit du fragment déjà mentionné pour le traitement des dogmes. 1) Toujours soutenir ce qu’on pense. 2) Ne pas adhérer systématiquement. 3) Ne pas négliger de prier. 4) Être prêt à abandonner n’importe laquelle de ses idées dès l’instant que l’intelligence recevra plus de lumière. 5) Reconnaître l’importance d’un bloc compact de dogmes en dehors de la pensée comme quelque chose d’infiniment précieux. 6) Reconnaître que ce bloc est offert à l’attention plutôt qu’à la croyance. 7) Elle consiste à dire de l’Écriture qu’elle est «le plus souvent» inspirée. 8) Faire confiance aux dogmes. 9) Ne pas oublier que ce qui vaut pour les Évangiles (inspiration) vaut aussi pour les dogmes. 10) Il faut avoir la même attitude d’esprit à l’égard des autres traditions religieuses ou métaphysiques et des autres textes sacrés, tout en ayant le droit d’estimer que la foi catholique est de toutes la plus pleine de lumière.

     Si l’énumération de ces règles a pu attiser votre curiosité et vous donner le goût de connaître les commentaires qu’André Naud y ajoute, je ne suis pas certain qu’un résumé rapide du chapitre suivant, sur les assises de la pensée de Simone Weil, aurait le même effet. Non pas que les explications soient ici moins claires ou moins accessibles, mais parce qu’elles doivent être lues en entier et non pas dans un survol superficiel.

     Les commentaires qui précèdent renvoient aux trois premiers chapitres. Nous devrons nous contenter de donner le titre des trois autres, en espérant que ce qui précède aidera à en deviner le contenu. Il s’agit de: « La fonction d’enseignement de l’Église »; « Le nettoyage philosophique de la religion catholique» et « De Vatican II à Simone Weil »...

     La signification du parcours proposé par André Naud pourra varier énormément d’un lecteur à l’autre. Si je peux me le permettre, j’inviterais le lecteur, quelle que soit sa réaction personnelle, à entrer en communion avec l’expérience souffrante de libération, qui fut celle de notre ami à l’écoute de Simone Weil.

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2002
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 •
courriel :

www.cebl.org • 4 mars 2003