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À
la recherche de Jean
par Monika Thoma-Petit Paul Dreyfus
L'idée paraît séduisante: un grand reporter sur les traces de l'évangéliste Jean! On s'attend à une biographie, sous forme d'enquête journalistique, de ce personnage à la fois célèbre et méconnu, intriguant et énigmatique. Pour la tradition chrétienne, Jean est un des douze apôtres et « le disciple que Jésus aimait ». Elle le tient également pour l'auteur du quatrième évangile, de trois lettres apostoliques et de l'ouvrage colossal et mystérieux de l'Apocalypse qui porte son nom. Pourtant, on ne sait rien, ou presque, de sa vie. D'entrée de jeu, Dreyfus admet et avertit le lecteur: malgré le fait que depuis 2000 ans, une foule de spécialistes lui ont consacré un très grand nombre d'études, « nous avons aujourd'hui encore l'irritante impression de ne point le connaître ». Un beau défi, donc, que s'est proposé de relever ce « grand reporter » qui n'en est cependant pas à sa première tentative en ce domaine: l'auteur d'une trentaine de titres a publié en 1990 un livre sur saint Paul qui fut un succès et lui valut le Prix des libraires de littérature religieuse en France. La biographie de Jean qu'il nous livre aujourd'hui se heurte cependant à des difficultés plus importantes que le travail sur saint Paul pour lequel « on trouve dans les Actes des Apôtres de nombreux détails biographiques et on possède, grâce à ses épîtres, une mine inépuisable pour la connaissance intime de l'homme. Avec Jean, rien de semblable. [...] S'il s'agit de sa vie, on n'en connaît presque rien. » C'est pourquoi Dreyfus déclare dès le premier chapitre que la « reconstitution biographique » réalisée par les spécialistes, qu'il compare an travail de restauration de vieilles fresques qu'on tente de sauver in extremis à partir de presque rien, n'est pas le genre de tâche qu'il souhaite accomplir. Son intention est plutôt « d'essayer de retrouver derrière un juif palestinien, mort depuis vingt siècles, un être vivant. » Le texte de présentation en quatrième couverture précise néanmoins: cet ouvrage n'est pas pour autant un roman. « L'auteur s'est fixé comme règle de ne rien inventer. Il a travaillé selon les règles de son métier [de journaliste]: museler son imagination et examiner les faits. » Ici, un premier doute s'installe chez le lecteur: si l'auteur admet lui-même que, en termes de « faits » sur lesquels appuyer une biographie, il n'existe pour ainsi dire rien, comment alors travailler selon les règles du métier de reporter? Qu'en est-il de cette prétention de travail journalistique? Outre les écrits de Jean et les commentaires de la Tradition, sa source première sont « les nombreux voyages que j'ai effectués au fil des années et sans plan initial, sur tous les lieux où Jean a vécu ». Son intention: « mettre mes pas dans ceux de Jean. » C'est ainsi que, tout au long du livre, et suivant la chronologie (plus ou moins hypothétique, il faut le dire,) de sa vie, nous visitons, entre autres, la Galilée, le lieu des fouilles archéologiques qui auraient mis à jour « le village des apôtres enfin retrouvé, Bethsaïde »; Béthanie; Jérusalem; le tombeau de la Vierge; Éphèse et les villes des premiers diocèses d'Asie Mineure; l'île de Patmos, et beaucoup d'autres lieux liés à la vie et la mission de l'apôtre selon les écrits attribués à Jean, la Tradition, l'hagiographie et les légendes. L'attitude et l'intention de l'auteur tout au long de ces voyages paraissent clairement dans le style un peu lyrique, méditatif de ses descriptions et nous en avons un exemple très explicite à l'occasion de sa visite de la grotte sur l'île de Patmos où Jean aurait, selon la Tradition, rédigé l'Apocalypse. « Marcher sur ces cailloux [...] devient une prière. [...] C'est avec une âme d'enfant que je suis entré en ces lieux quand j'y vins pour la première fois, et c'est avec cette âme d'enfant que je continue de regarder cette grotte aujourd'hui [...] un des hauts lieux spirituels du monde. » Ces descriptions de lieux et de paysages comptent d'ailleurs parmi les plus belles pages de ce livre qui s'adresse davantage au lecteur qui cherche une nourriture spirituelle qu'à celui qui s'attend à un reportage ou une documentation « objective ». Le livre sera peut-être également d'un certain intérêt pour ses explications vulgarisatrices concernant des détails de la vie quotidienne et politique en Palestine au temps de Jésus, des fêtes, coutumes et cérémonies juives, de la vie dans l'Église naissante ou encore pour des termes et des titres spécifiques qui rendent parfois la compréhension des textes bibliques difficile aux personnes sans formation particulière. Somme toute, cet ouvrage comblera le lecteur qui cherche à se faire « des images » et qui est ouvert à une approche symbolique de certains textes. S'il est surtout intéressé, comme Dreyfus, à ce que celui-ci appelle « l'intelligence du coeur » (et qu'il oppose, parfois de façon un peu fâcheuse, à « notre pauvre petite intelligence humaine »), alors il lira ce livre avec plaisir et en sera probablement inspiré pour ses méditations. Mais le lecteur un peu critique et le moindrement familier avec les exigences et les résultats de l'exégèse actuelle éprouvera de sérieuses réserves et refermera le livre en ayant beaucoup plus appris sur la sensibilité religieuse de son auteur et l'idée qu'il se fait de son travail d'historien que sur ce Jean lui-même. |
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