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Cette recension est une gracieuseté de Présence
magazine 61 (1999) 29.
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Une
espérance qui fascine
par Denis Gagnon
Gerhart M.
Riegner
Ne jamais désespérer.
Soixante années au service du peuple juif et des droits de l'homme,
Paris, Cerf (L'histoire à vif), 1998, 683 p.
Juif - d'origine allemande par surcroît -, Gerhart
M. Riegner a parcouru le dernier siècle du second millénaire
aux premières lignes de l'Histoire. Au cours de sa longue vie,
il ne s'est pas contenté du rôle de l'observateur. Il a combattu,
60 années de combat pour sauver son peuple et promouvoir les droits.
Avec les armes de la diplomatie.
C'est principalement dans sa fonction de
secrétaire général du Congrès juif mondial
que Riegner s'est distingué. « Ma vie présente
une unité et une constance exceptionnelles, voire uniques: soixante
années vouées sans interruption au même idéal. »
L'auteur considère avoir vécu « la période
la plus dramatique » de l'histoire des Juifs « caractérisée
par trois développements majeurs, dont certains ont ébranlé
la communauté juive jusqu'aux fondations de son existence ».
Il y a d'abord la Shoah avant et au cours de la guerre 39-45. Période
sombre s'il en fut une: « C'était la plus grave crise
de histoire juive depuis la destruction du Temple, peut-être même
plus sérieuse encore. Un tiers de notre peuple a été
délibérément éliminé par un ennemi
mortel. » Le deuxième événement marquant:
la renaissance de l'État juif que l'auteur considère comme
une des meilleures réalisations de son peuple.
« Tout cela a bien montré
l'indestructible énergie que recèle le peuple juif et sa
volonté sans faille d'établir de nouveau son existence sur
sa terre ancestrale en parlant de bases nouvelles. Ce fut un pas décisif,
non seulement pour se libérer de la peur, des diffamations et des
pressions extérieures, mais aussi pour créer les conditions
propres à développer notre propre culture dans la liberté
et la dignité. » Enfin, 1a chute des régimes
communistes en Europe de l'Est a amené la libération des
Juifs de ces contrées et leur droit à vivre et à
s'exprimer ouvertement.
Riegner s'attarde longuement sur ses relations
avec les Églises chrétiennes. Il décrit la lente
mutation des esprits non seulement vers la tolérance, mais surtout
vers l'accueil, le dialogue et le respect. On constate, une fois de plus,
à quel point les mentalités ont évolué à
grandes enjambées au cours des dernières années.
L'auteur a participé comme observateur au concile Vatican II.
Sa situation particulière l'amène à des observations
originales pour des gens habitués aux commentaires venant plutôt
de l'intérieur de l'Église catholique. Son analyse - très
précise - du chapitre IV de la Déclaration conciliaire
sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes
ne manque pas de pertinence. Comme aussi il faut admirer sa connaissance
des nouvelles avancées de la théologie catholique au cours
des dernières années concernant le judaïsme. Il note
trois domaines de friction qui ont connu un changement d'attitude significatif
du côté des catholiques: le prosélytisme de l'Église
catholique, la persécution des Juifs par l'Église au cours
de l'histoire, enfin le problème de l'établissement d'un
carmel à Auschwitz. Peut-être se demandera-t-on: comment
l'auteur interprète-t-il le mystérieux silence de Rome,
en particulier celui de Pie XII, au cours de la guerre 39-45? Malgré
ses bonnes relations, ses liens d'amitié avec des personnages bien
placés au Vatican, l'auteur n'arrive pas à en savoir plus
long que la plupart des historiens actuels.
Au cours des années qui ont suivi
la Shoah, Riegner a participé à l'élaboration et
à l'adoption de la Déclaration universelle des droits de
l'homme. Il a veillé à sa mise en oeuvre principalement
dans les régions du monde où les droits des Juifs n'étaient
pas respectés. « Partout où des Juifs étaient
exposés à des actes de discrimination, d'intimidation, de
persécution, de spoliation, de violation des droits fondamentaux,
on nous appelait au secours. On nous demandait d'agir, soit par des interventions
directes, soit indirectement, avec l'aide des gouvernements bien disposés,
afin de rétablir la situation. »
Les médias attirent constamment notre
attention sur les conflits du Moyen-Orient, notamment entre Israël
et les Palestiniens. La télévision nous renvoie souvent
des images de Juifs belliqueux, radicaux, intégristes. L'ouvrage
de Riegner élargit les horizons. Il montre d'autres perspectives.
Il s'intéresse non seulement à ce qui se passe en Israël
mais aussi à ce que vivent les Juifs de la Diaspora. Et le regard
porte les nuances de la sagesse biblique. À propos des rapports
entre Juifs et Palestiniens, Riegner écrit: « Je crois
cependant que les forces positives vont finalement prendre le dessus.
La paix n'est pas une idée avec laquelle on joue; elle est la quintessence
de la tradition juive elle-même. L'idée que les deux peuples,
les Juifs et les Palestiniens, ont tous les deux un droit historique et
moral à une existence indépendante dans le vieux pays, qu'ils
considèrent, les uns et les autres, comme leur patrie, est trop
forte pour qu'elle puisse échouer. »
La lecture de ce livre fera connaître
un diplomate fort habile, un organisateur à l'imagination débordante,
un homme affable, de grande courtoisie. Plus que tout, c'est l'espérance
qui fascine. Riegner a côtoyé le tragique toute sa vie. Il
s'est constamment retrouvé devant des obstacles. Il a dû
se battre contre le nazisme, le racisme, les préjugés. Il
n'a jamais désespéré. Il s'est appuyé sur
les victoires pour continuer sa marche. Les échecs l'ont relancé.
Sa foi et son attachement à son peuple l'ont gardé debout.
Chez cet homme, on retrouve la force des grands prophètes de sa
tradition religieuse, la confiance des pauvres de la Bible, quelque chose
de la liberté d'Abraham et de l'audace de Moïse...
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