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Bible et recherches archéologiques par Robert David Israël Finkelstein
et Neil Asher Silberman
Depuis près de 15 ans, une crise majeure secoue le domaine des recherches consacrées à lhistoire dIsraël. La question est complexe mais, en simplifiant un peu les choses, nous pouvons dire que trois tendances majeures occupent le débat, chacune représentée par un nombre plus ou moins important de chercheurs, quil sagisse dexégètes, dhistoriens ou darchéologues. Les tenants de ces tendances peuvent être classés en trois groupes aux positions parfois radicalement opposées: Les « maximalistes » pour qui le texte biblique représente une source très fiable pour reconstituer lhistoire de lIsraël ancien. Ils accordent un maximum de crédit au contenu historique des livres bibliques considérant quils reflètent assez fidèlement la réalité historique ancienne, depuis les patriarches jusquau retour de lExil. Les « minimalistes » sont dune école tout à fait opposée. Pour eux, le recours à la Bible nest aucunement justifié quand vient le temps de reconstituer lhistoire ancienne dIsraël. Selon eux, les textes bibliques auraient été rédigés au mieux au retour de lexil (± 500 AJC), au pire à lépoque hellénistique (±250 AJC) quand ce nest pas à lépoque des Maccabées (±150 AJC). Finalement, nous trouvons les « révisionnistes » qui se situent à mi-chemin entre maximalistes et minimalistes. Pour ceux-là, la Bible peut être utile à lhistorien dans la mesure où elle se conforme aux résultats obtenus par les découvertes archéologiques. La Bible dévoilée appartient à cette dernière catégorie. Les cosignataires uvrent principalement dans le domaine de larchéologie. Le contenu de louvrage en témoigne abondamment. Largumentation principale repose sur les découvertes archéologiques effectuées au cours des dernières décennies. Pour qui na pas suivi les recherches dans ce domaine ou nest pas familier avec larchéologie du Proche-Orient ancien, le livre pourra sembler compliqué. Il est cependant très bien écrit, les explications sont claires, les démonstrations bien étayées considérant que lon sadresse à des non-spécialistes. Il faut tout de même reconnaître quun certain jargon technique oblige à se familiariser avec celui-ci. La thèse principale défendue par Finkelstein et Silberman est la suivante: lessentiel des textes bibliques qui racontent les origines dIsraël, des patriarches à la royauté, est une composition de lettrés de la cour de Jérusalem. Ces histoires refléteraient le contexte de renouveau spirituel et politique qui marque lépoque du roi Josias (620-609 AJC), alors que les Assyriens dominent le Proche-Orient ancien. Les démonstrations de Finkelstein et Silberman se font toujours en quatre temps. Ils examinent le contenu des textes bibliques qui racontent les pérégrinations des patriarches, la sortie dÉgypte, la conquête de Canaan, etc. Ils présentent les grandes lignes des arguments archéologiques qui ont souvent été défendus par leurs prédécesseurs. Ils relèvent les incohérences et les anachronismes qui émergent à la lumière des données archéologiques recueillies ces 30 dernières années, et proposent finalement une lecture des textes qui sharmonise avec les observations archéologiques et les visées théologico-politiques des auteurs bibliques, tel que Finkelstein et Silberman les comprennent. Finkelstein et Silberman laissent la porte ouverte à certains souvenirs historiques qui seraient à la base des récits des origines et des débuts dIsraël. Cependant, il leur apparaît inutile de chercher à reconstituer ces faits. À titre dexemple: les récits de lExode et de lerrance au désert se comprendraient mieux, archéologiquement et théologiquement, dans le contexte de la montée de la puissance égyptienne au VIIe siècle que dans celui dune prétendue fuite à lépoque de Ramsès II. Finkelstein et Silberman défendent une deuxième thèse, également très présente dans lensemble de louvrage. Celle-ci concerne la royauté unifiée sous David et Salomon. Pour Finkelstein et Silberman, le royaume de Juda (au sud) avant le VIIe siècle est un royaume insignifiant, économiquement pauvre et sans influence sur la région. Le royaume dIsraël (au nord) est par contre prospère, influent et riche. La composition des livres dits historiques sétant faite à la cour de Jérusalem, les lettrés auraient récupéré les traditions du nord pour les transférer aux principales figures royales de leur histoire du sud, puis nationale. Que penser de cet ouvrage? Je crois quil faut saluer linitiative des Éditions Bayard davoir traduit si rapidement ce livre publié en anglais en 2001. Sans endosser toutes les suggestions des auteurs, il faut reconnaître que louvrage pose des questions intéressantes et fournit quelques solutions qui valent la peine dêtre considérées. Certains déploreront peut-être la perte de leurs anciens repères historiques et théologiques, ou la mise à lécart de lectures traditionnelles. Dautres salueront ces suggestions comme un pas en avant vers une compréhension de la Bible et de ses mécanismes de composition plus conformes aux données scientifiques. Il faut se rappeler cependant que les données archéologiques sont toujours sujettes à interprétations. Ce qui semblait acquis il y a 30 ans se lit sous un jour nouveau aujourdhui. Peut-être en ira-t-il de même dans les 30 années à venir... |
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