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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 85 (2002) 33.

 

Bible et recherches archéologiques

par Robert David
 

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman
La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie
Paris, Bayard, 2002, 432 p.

 

Depuis près de 15 ans, une crise majeure secoue le domaine des recherches consacrées à l’histoire d’Israël. La question est complexe mais, en simplifiant un peu les choses, nous pouvons dire que trois tendances majeures occupent le débat, chacune représentée par un nombre plus ou moins important de chercheurs, qu’il s’agisse d’exégètes, d’historiens ou d’archéologues.

     Les tenants de ces tendances peuvent être classés en trois groupes aux positions parfois radicalement opposées: Les « maximalistes » pour qui le texte biblique représente une source très fiable pour reconstituer l’histoire de l’Israël ancien. Ils accordent un maximum de crédit au contenu historique des livres bibliques considérant qu’ils reflètent assez fidèlement la réalité historique ancienne, depuis les patriarches jusqu’au retour de l’Exil. Les « minimalistes » sont d’une école tout à fait opposée. Pour eux, le recours à la Bible n’est aucunement justifié quand vient le temps de reconstituer l’histoire ancienne d’Israël. Selon eux, les textes bibliques auraient été rédigés au mieux au retour de l’exil (± 500 AJC), au pire à l’époque hellénistique (±250 AJC) quand ce n’est pas à l’époque des Maccabées (±150 AJC). Finalement, nous trouvons les « révisionnistes » qui se situent à mi-chemin entre maximalistes et minimalistes. Pour ceux-là, la Bible peut être utile à l’historien dans la mesure où elle se conforme aux résultats obtenus par les découvertes archéologiques. La Bible dévoilée appartient à cette dernière catégorie.

     Les cosignataires œuvrent principalement dans le domaine de l’archéologie. Le contenu de l’ouvrage en témoigne abondamment. L’argumentation principale repose sur les découvertes archéologiques effectuées au cours des dernières décennies.

     Pour qui n’a pas suivi les recherches dans ce domaine ou n’est pas familier avec l’archéologie du Proche-Orient ancien, le livre pourra sembler compliqué. Il est cependant très bien écrit, les explications sont claires, les démonstrations bien étayées considérant que l’on s’adresse à des non-spécialistes. Il faut tout de même reconnaître qu’un certain jargon technique oblige à se familiariser avec celui-ci.

     La thèse principale défendue par Finkelstein et Silberman est la suivante: l’essentiel des textes bibliques qui racontent les origines d’Israël, des patriarches à la royauté, est une composition de lettrés de la cour de Jérusalem. Ces histoires refléteraient le contexte de renouveau spirituel et politique qui marque l’époque du roi Josias (620-609 AJC), alors que les Assyriens dominent le Proche-Orient ancien.

     Les démonstrations de Finkelstein et Silberman se font toujours en quatre temps. Ils examinent le contenu des textes bibliques qui racontent les pérégrinations des patriarches, la sortie d’Égypte, la conquête de Canaan, etc. Ils présentent les grandes lignes des arguments archéologiques qui ont souvent été défendus par leurs prédécesseurs. Ils relèvent les incohérences et les anachronismes qui émergent à la lumière des données archéologiques recueillies ces 30 dernières années, et proposent finalement une lecture des textes qui s’harmonise avec les observations archéologiques et les visées théologico-politiques des auteurs bibliques, tel que Finkelstein et Silberman les comprennent.

     Finkelstein et Silberman laissent la porte ouverte à certains souvenirs historiques qui seraient à la base des récits des origines et des débuts d’Israël. Cependant, il leur apparaît inutile de chercher à reconstituer ces faits. À titre d’exemple: les récits de l’Exode et de l’errance au désert se comprendraient mieux, archéologiquement et théologiquement, dans le contexte de la montée de la puissance égyptienne au VIIe siècle que dans celui d’une prétendue fuite à l’époque de Ramsès II.

     Finkelstein et Silberman défendent une deuxième thèse, également très présente dans l’ensemble de l’ouvrage. Celle-ci concerne la royauté unifiée sous David et Salomon. Pour Finkelstein et Silberman, le royaume de Juda (au sud) avant le VIIe siècle est un royaume insignifiant, économiquement pauvre et sans influence sur la région. Le royaume d’Israël (au nord) est par contre prospère, influent et riche. La composition des livres dits historiques s’étant faite à la cour de Jérusalem, les lettrés auraient récupéré les traditions du nord pour les transférer aux principales figures royales de leur histoire du sud, puis nationale.

     Que penser de cet ouvrage? Je crois qu’il faut saluer l’initiative des Éditions Bayard d’avoir traduit si rapidement ce livre publié en anglais en 2001. Sans endosser toutes les suggestions des auteurs, il faut reconnaître que l’ouvrage pose des questions intéressantes et fournit quelques solutions qui valent la peine d’être considérées.

     Certains déploreront peut-être la perte de leurs anciens repères historiques et théologiques, ou la mise à l’écart de lectures traditionnelles. D’autres salueront ces suggestions comme un pas en avant vers une compréhension de la Bible et de ses mécanismes de composition plus conformes aux données scientifiques. Il faut se rappeler cependant que les données archéologiques sont toujours sujettes à interprétations. Ce qui semblait acquis il y a 30 ans se lit sous un jour nouveau aujourd’hui. Peut-être en ira-t-il de même dans les 30 années à venir...

 

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