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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 59 (1999) 29.

 

La mondialisation a-t-elle une âme?

par Hélène Côté
 

La mondialisation a-t-elle une âme?
Sous la direction de Bertrand BADRÉ, Philippe CHALMIN, Nicolas TISSOT
Paris, Éd. Economica, 1995,194 p.

 

Depuis toujours, nous avons associé pauvreté et sainteté, nous avons honni la convoitise, l'avarice, comme pour nous rappeler sans cesse que l'argent est un mal. Un « mal nécessaire ».

     C'est peut-être un peu pour cette raison que la mondialisation des marchés apparaît, pour certains, comme la cause de tous les maux, une « horreur économique » qui canalise toutes les richesses du monde entre les mains des plus fortunés... Ne parlons-nous pas des « requins de la finance », des hommes pour qui, en affaires, il n'y a pas d'amis? Assez pour croire que la mère de tous les vices n'est pas l'oisiveté mais le goût du profit. Pourtant, dans toutes les cultures du globe, la spiritualité a légitimé l'échange marchand en l'endossant comme instrument du bien des individus comme des collectivités. Car le commerce génère des richesses, du confort et du bien-être, il justifie le travail et commande l'harmonie de ceux qui s'y prêtent. Malgré les injustices dont nous sommes trop souvent témoins, il semble que la morale n'ait pas toujours été étrangère à l'activité économique...

     C'est à tout le moins ce que suggère l'ouvrage La mondialisation a-t-elle une âme? Réunissant les textes de conférences prononcées lors d'un séminaire organisé par l'Université Paris IX Dauphine en 1997-98 sous le thème « Morale, spiritualités et vie des affaires », 24 individus d'horizons divers - gens d'affaires, universitaires, représentants des grands courants religieux - y expliquent l'influence de leur héritage spirituel dans la perception et la pratique des affaires. Tour à tour, en autant de chapitres, le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme, le bouddhisme, l'hindouisme, le cas japonais, le confucianisme, les traditions africaines et la franc-maçonnerie sont abordés. Plusieurs questions sont posées, sur le rôle de l'argent et les implications morales de la richesse, sur la légitimité du profit et les paramètres de l'honnêteté, et sur l'existence possible ou impossible d'une éthique universelle des affaires.

Le monde des affaires et les affaires dans le monde

     L'ouvrage nous fait comprendre que le succès des échanges, dans un contexte de rencontre des cultures, va bien plus loin que la seule connaissance de l'étiquette. Toute culture a ses rites, ses non-dits, et ses interdits à travers lesquels les gens d'affaires doivent savoir louvoyer pour mener à bien leurs projets. En ce sens, la vie des affaires est  «un sujet qu'on commence tout juste à défricher », affirme-t-on en introduction.

     Tous les grands courants spirituels ont édicté des normes plus ou moins précises sur la vie économique et le rapport des hommes à l'argent. Au sein de l'Église catholique, pas moins de cinq encycliques ont traité de la question. On apprend entre autres que si « 1a finalité de l'économie n'est pas le profit mais la promotion de la personne humaine », le profit est néanmoins « une récompense comme revenu d'un service rendu aux travailleurs ». Selon le Coran, le profit n'est pas toujours licite. C'est le cas « de l'argent qui produit de l'argent » alors même que ces transactions financières sont au coeur de l'activité économique mondiale...

     Si l'islam interdit le gaspillage et les excès, la sainteté et la richesse sont compatibles dans la tradition juive. Même que le juif ne doit pas faire don de plus de 20 % de sa fortune qui ne doit jamais être mise en péril « parce que Dieu confie aux riches /a gestion du monde pour une part plus grande que les autres »... Ce ne sont là que quelques exemples de la diversité des principes.

Humaniser l'économie

     La compréhension des données éthiques et religieuses des autres cultures se présente comme un facteur décisif dans le succès des affaires. Mais un authentique dialogue interreligieux pourrait aussi permettre l'émergence d'une éthique commune et, pourquoi pas, trouver le moyen d'humaniser la vie économique contemporaine, fondement de nos sociétés, en la réintégrant dans la vie morale. Réaffirmer l'héritage spirituel apparaît en fait comme la condition du progrès économique et de la justice sociale. Parce que, dit-on, un système ne peut longtemps « subsister sans que surgisse un minimum de spiritualité qui [le rende] vivable ».

     Cet ouvrage n'est donc pas « un guide de voyage » pour le businessman désireux d'intégrer le grand courant planétaire. C'est encore moins un livre sur la mondialisation. D'une lecture facile, il nous offre plutôt un intéressant panorama des principaux courants spirituels qui organisent la vie des peuples qui font cette mondialisation. Mais comme il s'agit d'un recueil de textes présentés lors de conférences, la concision des exposés, qui n'ont rien d'exhaustifs, pourra en laisser plusieurs suit leur faim... à moins qu'au contraire, on y gagne, tout comme moi, l'appétit d'en savoir davantage! Voici donc un outil qui jette les bases d'une réflexion qui reste à faire.

 

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