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Une histoire méconnue par Denis Gagnon Jean-Louis LALONDE
On connaît peu les protestants francophones du Québec. Leur petit nombre (1% de la population) fait en sorte qu'ils n'occupent pas l'avant-scène de l'histoire québécoise. Dans une étude très sérieuse, Jean-Louis Lalonde, historien, nous permet de découvrir ce groupe religieux. Un groupe qui aurait pu, sans les obstacles qui jalonnent son itinéraire, apporter sa couleur personnelle au Québec et enrichir davantage le devenir de la foi chrétienne en ce pays. Jean-Louis Lalonde divise l'histoire du protestantisme québécois en trois grandes périodes. Les protestants francophones arrivent au Canada dans la plus stricte discrétion. Surtout et principalement à cause de la présence toute-puissante de l'Église catholique. Celle-ci, religion d'État, fait bon ménage avec la monarchie française. Soutenue par elle, le roi ne tolère pas la dissidence ni la différence. Les premiers Huguenots se faufilent parmi les autres, mais ils sont rapidement absorbés par la majorité. Finalement, ils ne laissent aucune trace sur leur passage. Au lendemain de la Conquête, c'est encore une religion d'État (l'anglicanisme) qui cherche à s'imposer. Mais la hiérarchie catholique veille au grain pour préserver la foi et la langue. Elle encadre son monde. Tout au plus cherche-t-elle un modus vivendi avec le conquérant. L'Église d'Angleterre ne gagne guère d'adeptes parmi les Français restés au pays après 1760. Les protestants demeurent majoritairement anglais et anglicans. L'auteur qualifie cette première étape (1534-1834): « 300 ans de protestantisme sporadique. » Il faut attendre l'année 1834 et les suivantes pour voir apparaître un véritable mouvement protestant parmi les francophones du Bas-Canada. À cette époque arrivent au pays des missionnaires aux idée neuves. À côté d'une foi rigide et bien encadrée comme celle des catholiques, ils annoncent la liberté et l'autonomie. À côté d'une foi tiède, ils proclament une foi fervente, convaincue, inspirée de la lecture de la Bible. La réaction catholique est forte. Le clergé dresse des murs, pratique l'intolérance à outrance, force les « hérétiques » à vivre dans l'exclusion sociale. Il affirme et réaffirme fortement son autorité. « Les nouveaux missionnaires protestants, totalement dévoués à leur tâche, portés par une foi personnelle et vivante, ont fait preuve d'une ténacité, d'une persévérance admirables dans un pays immense, au climat particulièrement rude et dans des conditions matérielles plus que précaires. » L'enthousiasme et la ferveur de ces évangélisateurs, soutenues surtout par le mouvement du Réveil qui émigre chez nous, ont fait plusieurs conversions. Celles-ci se partagent entre les diverses confessions protestantes qui oeuvrent sur le territoire du Québec. Il faut noter en particulier l'immense travail de la Société missionnaire canadienne française qui commence ses activités vers 1839. « Le rameau fragile greffé sur l'arbre du protestantisme européen en 1834 est devenu, en une quarantaine d'années au Québec, une branche solide et bien distincte du protestantisme de langue française. » Pour résumer l'importance du travail missionnaire de cette époque, l'auteur cite Pierre Goldberger: « [Les protestants] ont réclamé et habité de droit l'espace de la liberté de penser, de croire, de s'organiser démocratiquement en Église et de proclamer un Évangile qu'ils vivaient comme libérateur. Ce faisant, ils ont écrit avec courage une page indélébile de la lutte pour la liberté de conscience et pour les droits humains au Québec [dont le droit à l'éducation], pour le droit au pluralisme social et religieux. » Malheureusement, l'émigration vers les États-Unis, notamment dans la Nouvelle-Angleterre, et vers l'Ouest canadien décime les forces vives. Et les attaques acharnées de la hiérarchie catholique ne permettent pas d'amoindrir l'impact de cette émigration par l'apport de nouveaux adeptes. Cette époque de grande ferveur est suivie par une troisième marquée par « le déclin des oeuvres françaises au Québec ». Les leaders des différentes Églises protestantes encadrent mal leurs ouailles. On assiste alors à l'anglicisation graduelle des protestants québécois. L'essentiel, être protestant; être francophone est plutôt secondaire. La création de l'Église unie du Canada constitue une « réalisation oecuménique d'avant-garde pour l'époque ». Mais son caractère largement anglophone a pour effet de marginaliser davantage la minorité francophone. Le peu d'écoles protestantes françaises et la fermeture de l'école presbytérienne de théologie n'aident pas à garder vivant le protestantisme francophone. C'est le déclin général dans la première moitié du 20e siècle. Les changements sociaux que connaît la deuxième moitié du siècle dernier suscitent des transformations jusque dans les Églises. Une culture plus ouverte, la contestation des institutions, l'émigration, le développement des communications, tout favorise une sorte de « renaissance » du protestantisme québécois. Un nouvel élan se fait sentir: retour à l'esprit de l'époque du Réveil, mise en place d'un secteur scolaire protestant francophone, multiplication des Églises pentecôtistes, des Assemblées des frères, des baptistes, développement du mouvement oecuménique. Mais le renouveau ne dure pas très longtemps. « À partir de 1985, le Réveil québécois est bien fini, les choses se tassent, les conversions connaissent un plateau, les convertis du Réveil vieillissent ou revoient leur choix en passant d'une Église à l'autre ou en abandonnant tout pratique tandis que les Églises historiques se maintiennent vivantes mais marginales par le nombre. Le protestantisme québécois a donc aujourd'hui un autre visage. » On appréciera la recherche de Jean-Louis Lalonde pour sa riche documentation, sa précision, sa rigueur, son objectivité et sa perspicacité. Un tableau détaillé de repères chronologiques et une bibliographie très détaillée complètent ce livre qu'on peut placer parmi les meilleurs ouvrages sur l'histoire du Québec. |
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