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Les évêques sous la loupe d'un théologien par Guy Durand * André NAUD
André Naud nous a habitués à des oeuvres remarquables, substantielles, rigoureuses, nuancées et courageuses, en particulier sur l'infaillibilité du pape et sur la trahison de Vatican II (1), où s'expriment sa foi en Dieu et son amour de l'Église sous sa liberté de pensée et d'expression. Il récidive aujourd'hui dans une plaquette empreinte des mêmes qualités sur l'éthique de la parole épiscopale. Sujet rarement abordé, dit-il, mais combien nécessaire. Projet qui peut paraître insolent, mais qu'il aborde avec nuance et modestie. On parle d'éthique à propos de toute activité humaine, pourquoi celle-ci échapperait-elle? Trois chapitres structurent le livre: les devoirs communs au pape et aux évêques, les devoirs du pape, les devoirs des évêques. Je pointe quelques réflexions. Le devoir premier du magistère, écrit l'auteur, est de garder fidèlement le dépôt de la foi. Trésor porté, cependant, dans un vase d'argile. Il n'est pas facile de déterminer ce qui constitue ce dépôt. D'où l'exigence de ne pas étendre l'infaillibilité plus loin que ce qui strictement requis, notamment les balises fixées par le concile Vatican I. Le Magistère a aussi un devoir face à la vérité. Comme celle-ci est le fruit d'une recherche incessante, son exposé exige toujours modestie et franchise: ne pas donner aux textes plus d'autorité qu'ils n'en ont; faire preuve de prudence et d'ouverture. L'autorité a enfin le devoir de respecter les personnes, leur intelligence, leurs compétences - eh oui! -, leur conscience, leur cheminement. Et l'auteur d'indiquer quelques réformes qui seraient bienvenues dans la façon de faire du Vatican. Le pape est gardien de l'unité. Mais ici aussi il faut se demander ce qu'est l'unité. Unité de la charité d'abord et avant tout. Unité de la pensée ensuite. Mais il y a hiérarchie des vérités, les unes sont plus importantes que les autres, et il y a une diversité possible de pensée de plus en plus grande à mesure que l'on s'éloigne du noyau de la foi. Encore une fois, il faut se garder d'exagérer l'infaillibilité, laquelle notamment ne porte pas sur les nombreux dilemmes relevant de la loi naturelle. À l'encontre de la tendance à centraliser la totalité du magistère à Rome, l'auteur insiste sur le rôle de la collégialité qui devrait s'exprimer davantage, notamment dans les synodes et les assemblées épiscopales. Ici encore, l'auteur fait des suggestions de réformes précises. Quant aux évêques pris individuellement, les exigences éthiques recensées par Naud tournent autour de l'honnêteté et du courage. Comment concilier, en effet, les exigences éthiques, les silences, les positions évasives, pire les réponses qui ne correspondent pas à ce que l'on pense vraiment. Leur devoir d'évêque, leur rôle magistériel impliquent une part de liberté de pensée et d'expression. Loin de provoquer une cacophonie scandaleuse, cette diversité ne fera que promouvoir une foi plus crédible. Qu'elle serait resplendissante l'Église qui répondrait à ces exigences éthiques! Cela redonnerait crédibilité à une institution qui en a tant besoin. Personnellement, j'aurais aimé que l'auteur parle davantage de courage - je pense que le mot n'apparaît pas dans le livre - que cette éthique demande aux évêques, notamment au cours des visites à Rome, des rencontres avec les gens de la Curie, et des discussions avec des évêques d'autres pays. J'aurais aimé - simple détail - qu'il dénonce expressément le serment « inacceptable » que l'on oblige le nouvel évêque à prononcer. Et - mais je sais bien que ce n'est pas directement son sujet - j'aurais aimé quelques paragraphes sur le rôle (exigence éthique) des supérieurs des communautés religieuses et de leurs associations, rôle indispensable pour faire contrepoids à la tentation centralisatrice et totalitaire de la Curie romaine et contribuer ainsi à faire advenir plus de liberté et de diversité dans l'Église. À lire par tous les évêques, mais aussi par les supérieurs des communautés religieuses, les prêtres et les agents de pastorale qui pourraient en faire leur profit, et encore par tous les chrétiens qui se sentent étouffés par un magistère qui « exagère » le rôle qu'il doit effectivement jouer dans l'Église, et qui verraient qu'on peut être d'Église tout en restant en quête d'intelligence et de liberté.
Note (1) Le magistère incertain, Montréal, Fides, 1987, 265 p.; Un aggiornamento et son éclipse. La liberté de pensée dans la foi et dans l'Église, Fides, 1996, 215 p. |
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