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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 82 (2001) 33.

 

Pour un oecuménisme interconfessionnel

par Jean-Marie Yambayamba
 

Monique Aebischer-Crettol
Vers un oecuménisme interreligieux
Jalons pour une théologie chrétienne du pluralisme religieux

Paris, Cerf (Cogitatio fidei 221), 2001, 777 p.

 

Monique Aebischer-Cretol est suisse catholique, mariée à un camerounais luthérien avec qui elle a sillonné l'Afrique, l'Europe et l'Asie. Elle est active au sein d'un groupe œcuménique et accompagne des personnes en situations de détresse.

     Son livre monumental tente de reprendre au plan académique l'oecuménisme interconfes sionnel qu'elle estime vivre au quotidien. Cet oecuménisme interreligieux constitue à ses yeux un « signe des temps », un « nouveau paradigme », un « nouvel horizon », une nouvelle avenue pour la théologie chrétienne du pluralisme religieux. Dans cette perspective, la théologie est appelée à s'ouvrir résolument aux grandes traditions reli gieuses du monde; et tout en se ressourçant aux textes fondateurs (fondement biblique), à la tradition chrétienne et à l'expérience actuelle (pluralisme de facto), elle doit aussi tirer partie des idées novatrices et des perspectives théologiques en débat sur les religions. C'est le parcours dans lequel l'auteure s'engage. Avec une admirable maîtrise, elle examine les théologies qui ont envisagé le mystère chrétien comme un absolu subjec tif (E. Troeltsch), comme une mouvance se prêtant à la réinterprétation face à des défis chan geants (P. Tillich) ou se coulant dans l'universalité de l'expérience de la transcen dance (W. Cantwell Smith). Elle évoque dans la même foulée les modèles soutenus, parti culièrement au 20e siècle: l'inclusivisme constitutif (J. Daniélou, K. Rahner, J. Dupuis), l'inclusivisme normatif (H. Küng, H. Kessler, etc.), le pluralisme unitif (J. Hick, P.F. Knit ter) et le pluralisme conséquent (R. Panikkar).

     E. Troeltsch présente la personne du Christ comme une forme historique, et en tout cas, la meilleure, de la vérité divine éternelle, révélation et symbole de Dieu.

     P. Tillich témoigne du souci constant d'établir des correspondances entre le message chrétien et la situation actuelle des destinataires du message, « entre les réponses théologiques et les questions surgissant de la situation existentielle de l'homme ». Pour lui, le Christ est un impondérable, une réalité universelle à la définition de laquelle toute religion apporte une part de vérité; il est un acte exclusif de Dieu, fait tel, non pas par l'esprit humain, mais par l'Esprit divin aux manifestations historiques duquel il est le maillon central. L'important est, non pas la religion en tant que telle et même pas sa particularité, mais « ce vers quoi elle tend, qui l'élève et qui donne leur sens ultime aux actions de la vie humaine », la « révélation finale comme avènement du Royaume de Dieu ».

     W. Cantwell Smith veut pour sa part tenir ensemble vérité et foi, considérer, la vérité chrétienne, la doctrine de Jésus Christ fils de Dieu incarné, en relation et d'une manière comparable à celle qui sert à interpréter les autres doctrines religieuses et la vie religieuse des communautés qui les professent, puisque toutes témoignent régulièrement d'un sens de la transcendance (foi). D'où son utopie d'une théologie mondiale qui pose le dia logue comme une exigence religieuse.

     Que retient Monique Aebischer-Cretol des modèles théologiques encore en vogue et qui, pour l'essentiel, s'écartent du vieil exclusivisme intransigeant? Elle relève d'abord l'inclusivisme constitutif, avec J. Daniélou, K. Rahner et J. Dupuis pour ténors. Pour eux, « le salut, d'où qu'il semble provenir, est en réalité médiatisé par Jésus-Christ, sauveur unique et universel ».

     Mais il y a aussi l'inclusivisme normatif représenté par H. Küng, H. Kessler, etc. Pour ce courant, Jésus Christ est « la révélation plénière, définitive, et donc normative de Dieu pour tous les peuples », plutôt que d'être dans les religions, il est pour ainsi dire, au-dessus d'elles comme modèle éminent, régulateur décisif. Il n'est pas pour autant la cause constitutive de la grâce du salut.

     Le pluralisme unitif (J. Hick, P.F. Knit ter) soutient pour sa part que si le Dieu universel ne peut être rencontré que dans une forme particulière, il ne peut cependant pas être contenu dans une forme particulière. Il s'agit d'un déplacement du pôle christocentrique vers le pôle théocentrique qui considère les religions comme instruments de Dieu dans le monde, dans la mesure où elles travaillent à l'élévation de l'humanité à la vie divine, à la libération humaine authentique.

     Enfin, le pluralisme conséquent de R. Panikkar notamment défend une pluralité irréductible des traditions religieuses. Pour ce courant, la vérité du Christ est plu raliste, non plurielle; elle s'ajuste aux représentations anthropologiques spécifiques et prête, par conséquent, au dialogue.

     Mais la théologie chrétienne du pluralisme religieux pour laquelle plaide Monique Aebi scher-Cretol en est une interreligieuse, « une christologie articulant une compréhension adéquate et actuelle de Jésus-Christ », une christologie qui cherche à dénouer le dilemme entre absolu tisme et relativisme religieux.

     Son ouvrage tente de « rendre plausible, au sein d'une pluralité de théologies correspondant au pluralisme interconfessionnel et aux contextes particuliers, une théologie chrétienne du pluralisme religieux accueillant les religions comme autant de signes de la présence uni verselle de l'Esprit de Dieu, […] ensuite mettre en lumière les jalons éventuels pour l'élaboration d'une telle théologie ». Ces jalons se ramènent essentiellement à des pistes pour avancer sur le chemin d'un oecuménisme interreligieux qui peut par ailleurs être sim plement une figure à vivre et non à élucider intellectuellement.

     L'auteure essaie « de découvrir et de faire ressortir, à défaut d'un consensus sur la voie à suivre, […] un horizon que l'on pourrait apercevoir au loin, où les deux grands prin cipes chrétiens - la foi en Dieu sauveur universel et la foi en Christ, sacrement du sa lut - non seulement n'invalident ni ne contredisent, mais pourraient rencontrer, les autres fois religieuses de l'humanité ». Un tel horizon implique un dialogue dont le défi essentiel appelle chacun des interlocuteurs en présence à « demeurer soi-même et vrai, tout en s'ouvrant sans préjugé à la réalité de l'autre ». Exigence d'altérité donc, où il s'agit de s'aborder dans l'égalité et la réciprocité, voie d'une unité dans la diversité qui s'inspire de l'alliance cosmique comme valeur permanente et du dialogue judéo-chrétien comme valeur paradigmatique, voie d'une unité dans la diversité qui reste continuellement ouverte.

 

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