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Comme un jeu : la science et la foi par Jean-Claude Breton François Euvé
Il y a encore des débats entre créationnistes et évolutionnistes et pas seulement lors des campagnes électorales américaines. À l'Université de Montréal, on a assisté l'automne dernier à un épisode de ce duel apparemment interminable. Rappel, si cela était nécessaire, d'une autre opposition entre foi et sciences, elle aussi au coeur des préoccupations contemporaines. François Euvé constate qu'il ne suffit pas d'évoquer deux ordres de réalités différents ni d'affirmer que la foi et la science portent des regards complémentaires sur notre monde. Si on veut que les citoyens de ce monde puissent s'y retrouver à l'écoute des discours de la foi et de la science, il s'impose de chercher à construire des ponts entre eux. Son projet tient dans le fait d'abandonner le paradigme causal, prévalent depuis le Moyen Age, pour le remplacer par un paradigme ludique. Passer du grand horloger au maître de jeu. Le parcours proposé est impressionnant, même si l'ampleur du sujet oblige Euvé à recourir parfois aux conclusions d'études antérieures ou à consentir à ne pas achever la réflexion sur une question ou l'autre. Trois grandes parties vont couvrir cette démarche. Pourquoi le jeu? Tout d'abord, pour mieux intégrer dans le discours théologique les nouveaux rapports au cosmos. Par delà l'opposition ou la fusion à la nature, le jeu fait une place à la loi et au risque. Mais aussi pour renouveler les relations entre théologie et science, pour passer du conflit à la convergence. Pour conjuguer, finalement, l'opératoire avec l'ignorance, l'imaginaire avec la représentation en excès. Le jeu en théologie Ainsi motivé, Euvé entreprend de relever les traces du jeu dans le discours théologique. Chez des contemporains, bien sûr, mais aussi comme à la source dans la pensée grecque et la Bible, et comme un fruit dans la patristique et la théologie ultérieure. Penser le jeu et la création La troisième partie, légitimée en quelque sorte par les enquêtes qui la précèdent, comporte à son tour trois sections: penser le jeu, penser la science comme jeu et penser la création comme jeu. Retenons de la première section la présentation des grandes caractéristiques du jeu: liberté, séparation, imprévisibilité, improductivité, règle et fictivité. Sans oublier des thèmes connexes comme la danse, la poésie et le théâtre et l'évaluation critique des positions de Eugen Fink, « philosophe du jeu ». La section où Euvé pense la science comme jeu fait une large place au modèle épistémologique de Blaise Pascal et prépare la suite en ouvrant sur la théologie. Parler de jeu ne rapprochera pas la science et la théologie en ce qui concerne leurs conclusions, mais au plan de leur démarche respective. La place nous empêche de développer ces explications particulièrement suggestives. Enfin, la dernière section, après avoir examiné les objections éventuelles au projet de ce livre, reprend les caractéristiques du jeu pour les intégrer à une théologie de la création. « Une théologie ludique se démarque d'une théologie rationalisante. Elle veut rompre avec l'esprit de système. Elle bouleverse les hiérarchies. Contre un sérieux trop massif, elle réhabilite le plaisir et la gratuité. Les libres associations de l'expression poétique lui conviennent mieux que la rigueur contraignante des syllogismes [ ... ] » Non seulement la création, mais les images de Dieu et du salut y sortent aussi gagnantes. Le jeu, qui conjugue toujours loi et liberté, s'impose donc comme une catégorie bien adaptée pour traiter des questions majeures, et cela tant aux yeux de la science que de la théologie. Une réflexion profitable Le livre de Euvé propose une thèse qui, sans être absolument nouvelle comme le montre les études citées, rassemble en un tout les éléments susceptibles de renouveler la réflexion sur la création. Si les questions abordées s'enracinent dans un héritage riche et ancien et qu'elles risquent ainsi d'effrayer le lecteur moins outillé, il faut signaler que l'écriture de Euvé demeure claire et accessible. L'auteur n'entend pas noyer ni son sujet ni son lecteur dans des explications nébuleuses: il dit toujours simplement ce qu'il sait et ce qu'il pense. En cela, il s'avère un guide éclairé pour quiconque désire reprendre à nouveaux frais la réflexion sur la création. |
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