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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 71 (2000) 29.

 

Voyage au centre de soi-même

par Denis Gagnon*
 

Pierre Camparidès
La voie et ses chemins.Chemins secrets vers Compostelle
Sillery, Anne Sigier, 2000, 257 p.

 

Existe-t-il encore des paysages qui ne présentent pas un bout de route, un sentier, un pont ou un viaduc? Les chemins sont de plus en plus nombreux sur la planète. Et les moyens de transport plus raffinés les uns que les autres. La terre s'est enveloppée d'un immense filet de routes et de chemins. Nous avons l'impression que tout le reste tient en place grâce à ces ramifications de voies de communication.

     Ce développement routier ne relève pas de la pure gratuité. Nous nous déplaçons souvent. Nous voyageons. Nous allons ailleurs. Nous déménageons. Nous empruntons les autoroutes en automobile, en camion. Les aéroports sont bondés de voyageurs qui profitent de l'avion. Nous redécouvrons ainsi la vie nomade de nos ancêtres.

     Peut-être avons-nous besoin d'évasion. Peut-être est-ce la curiosité qui nous entraîne vers des régions inconnues. La soif de rencontrer et de lier connaissance peut nous conduire ailleurs.

     L'engouement pour les voyages se manifeste à une époque où les changements sociaux se produisent à une haute échelle. Ce n'est pas simple coïncidence. Nos déplacements physiques provoquent nos déplacements sociaux, le déplacement de nos mentalités, de nos idées, de nos perceptions. De paysage en paysage, le regard se modifie.

     La vie nous force à changer. Nous demandons à notre corps de se déplacer pour traduire notre besoin de changement. Et notre désir de croissance, car il s'agit bien ici de croissance et non de changement pour le changement : croissance physique, croissance intellectuelle, croissance psychologique, croissance spirituelle. Toute croissance est déplacement, voyage, mobilité.

Chercher le sens

     En reprenant l'ascendance de nos motifs de marcher, nous parvenons à l'ultime raison : la quête de sens qui nous tenaille. Nous cherchons des raisons de vivre. Nous cherchons un sens, une orientation à donner à l'itinéraire de nos voyages intérieurs. Le périple devient souvent poursuite d'absolu. Il finit souvent par s'appeler pèlerinage, c'est-à-dire recherche de Dieu, montée vers la lumière de nos Jérusalem. Le voyage se transforme alors en démarche de conversion.

     Pierre Camparidès a tenté de traduire cet itinéraire de conversion dans une sorte de roman initiatique. L'aventure se situe au XIIe siècle. Sept hommes prennent la route. Sept bandits qui viennent d'abandonner la violence et les rapines de toute sorte. Ils s'engagent sur la route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Long pèlerinage aux multiples chemins qui se tressent et tracent la voie de la conversion à ces chenapans.

     Les péripéties abondent tout au long du voyage. Rencontres d'autres voyageurs qui partagent avec les pèlerins un bout de chemin. Arrêts à de multiples endroits, surtout des monastères où on goûte à l'expérience spirituelle des moines. Progressivement, l'équipage découvre que le seul voyage qui compte vraiment, c'est celui qui mène jusqu'au coeur. Voyage qui s'apparente davantage à une excursion de spéléologues qu'à une chevauchée touristique.

Se convertir

     Le roman de Camparidès n'est pas pure démarche imaginaire. L'auteur trace effectivement un itinéraire de conversion, depuis le choc initial jusqu'au dépouillement et à l'abandon à Dieu. Il fait appel à la tradition patristique et aux mystiques qui jalonnent l'histoire de l'Église. Par petites touches, il introduit aux pages les plus riches de la littérature spirituelle. Dans les monastères où s'arrêtent les pèlerins, on écoute les moines étaler leur sagesse ou célébrer la louange. On se laisse instruire aussi par l'architecture des lieux, ces grands livres de catéchèse que sont les cathédrales et les monastères anciens.

     Dans la préface, André Gouzes dit mieux que je ne saurais faire le sens profond de ce livre : « Ce roman d'aventures, où ne manque rien des épreuves et des dangers du siècle, est à travers tous ses événements un roman de l'âme et de l'aventure spirituelle, véritable traité poétique du retournement intérieur et de la conversion. Il s'inscrit dans la riche mémoire de l'Église chrétienne. Les citations les plus belles et les plus rares des Pères et des maîtres spirituels anciens émaillent ce récit et font de cet ouvrage un véritable enseignement. »

     Les ouvrages initiatiques ne manquent pas dans les librairies que nous fréquentons. L'ésotérisme et le syncrétisme sont à l'honneur dans beaucoup de ces livres. Camparidès a l'heureux avantage de proposer une démarche qui ne cède en rien à la fantaisie. Au contraire, il respecte à fond une tradition spirituelle qui a fait ses preuves, la sagesse chrétienne.

* Denis Gagnon est professeur à l'Institut de pastorale des Dominicains.

 

 

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