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Le vent du large par Jean-Claude Breton Maurice Bellet
J'avoue tout de suite ma tentation: j'ai failli renoncer à vous présenter ce livre. Après l'avoir retenu pour la chronique « Biblio », je me suis demandé si je devais continuer après la lecture du premier chapitre. Non pas que je m'étais trompé sur la qualité, mais parce que pris de vertige devant l'ampleur du propos. Bellet n'entend pas proposer un simple retour aux sources, mais à l'origine. Il veut redonner à l'Évangile sa force et son dynamisme d'origine, de départ à neuf. C'est un livre qui donne la parole, qui devient pré-texte à une réflexion à partir d'une question. Le Christ a-t-il un avenir? Peut-on oser formuler cette question sans affirmer son parti pris et son option? Avec ou sans le christianisme, lieu à partir duquel on exprime le plus souvent l'enjeu en cause? Quatre hypothèses sont identifiées et une proposée par l'auteur. Première: le christianisme disparaît, et avec lui, le Christ de la foi. Deuxième: le christianisme se dissout; il se perd dans les valeurs chrétiennes qui lui survivent. Troisième: le christianisme continue, à coup de restauration et d'aménagement, malgré les contestations. Quatrième: le christianisme finit. Il y a quelque chose qui meurt, le système religieux. Mais « quelque chose s'annonce et nous ne savons pas ce que ce sera c'est comme si nous étions sur la ligne de départ, à l'orée d'un nouvel âge d'humanité. Pour le pire? Pour le meilleur? Nous ne savons pas; mais c'est largement entre nos mains ». Et le reste du livre propose des justifications et des manoeuvres en faveur de cette quatrième hypothèse. Cette hypothèse exige un retour à l'origine qui « n'est donc pas du tout un retour. C'est la découverte, c'est l'invention aujourd'hui de ce qui a paru avec le Christ et ne peut resurgir que par ses relations constitutives, dans la situation actuelle ». Comme à l'époque de Dominique et François ou celle d'Ignace, il faut construire un nouveau type d'homme, capable d'écouter, d'entendre l'Évangile aujourd'hui. Et la tâche n'est pas simple, car la dureté du réel confronte à l'effondrement d'où peut resurgir le point de fulgurance. Voilà des titres et sous-titres du premier mouvement. Le deuxième mouvement est tout aussi provoquant. Assumer la différence christique, essentiellement amour, en conjuguant les obstacles et les possibilités pour apprendre à vivre et rendre la vie bonne. Et la réflexion se continue autour de l'espace symbolique à rouvrir, de l'initiative de pensée, du souci du monde et du Dieu nouveau. Ainsi lancés pêle-mêle, les formules de Bellet hésitent entre la suggestion et la confusion. Mais le contenu est clair et la suggestion engageante. C'est une invitation à un nouveau départ, à la réinvention du christianisme. Mais sans la prétention de détenir la clé de l'énigme. Si Bellet propose une visée bien identifiée, il admet en même temps qu'il faut en discuter. La troisième partie de ce petit livre est proposition d'un exercice à mener préférablement en groupe. Il s'agit d'« entrer par la bonne porte » par « intérêt pour ce qui fait l'essentiel du christianisme ». Non pas pour s'enfermer, pour accéder à « un questionnement plus vaste, concernant l'homme et l'humanité ». Peut-être alors que le Christ et le christianisme apparaîtront sous cette forme renouvelée qui peut leur mériter un avenir. Est-ce que la foi chrétienne est capable de se tenir là; est-elle capable de la nécessaire création qui la détourne de toute tentation vers un retour du religieux? Devant ces enjeux, Bellet nomme les moments de la démarche à suivre: dire là où chacun de situe, apprécier la situation actuelle du christianisme et, si possible, « réenvisager l'Évangile comme une parole qui donne accès à la vie forte et bonne ». D'autres démarches, avec leurs moments, sont aussi identifiées toujours dans le même but: rejoindre ce qui constitue la vie. Non pas pour restaurer le christianisme, mais pour permettre à l'Évangile de faire exploser ce qui est porté. Un livre donc, mais qu'il ne suffit pas de lire. Un livre qu'il faut agir, mettre en oeuvre et en pratique pour qu'il porte son fruit. Ce qui est dit ici n'évoque que bien pauvrement un contenu riche de mille suggestions et surtout porté par une espérance consciente et ferme. Le livre se termine sur des « variantes et prolongements » comme le dialogue interreligieux, le social et le politique, la thérapie et la communauté. Un livre qui demeure ouvert, par delà ce qu'il propose, sans doute parce qu'il prend au sérieux son propos: envisager l'avenir. « Car il est temps de débattre d'un christianisme pour demain, libéré des peurs et des impasses. Enfin », comme dit la quatrième de couverture. Un livre que les communautés de toutes sortes, religieuses, paroissiales ou de base, devraient partager et pratiquer, à condition de ne pas craindre le vent du large. |
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