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Du mythe à l'histoire par Marie-Thérèse Guilbault* Walter Vogels
Le jardin d'Éden; Adam et Ève; le serpent et la pomme; l'arche de Noé; la tour de Babel: que de récits « fabuleux »! Qui ne peut en citer un, sinon tous? Ces récits, les plus connus de la Bible, sont peut-être aussi les moins compris. Et ils questionnent autant les spécialistes que les lecteurs ordinaires. Pourtant, ces textes sont d'une grande richesse et nous parlent à leur manière de l'humanité et de Dieu. L'ouvrage de Vogels peut d'abord se qualifier de guide précieux et accessible. L'étude de Genèse 1-11 n'est pas chose simple et suscite encore de nombreuses controverses sur le sens de « nos origines ». Comment s'imaginer, par exemple, que le monde a été créé en six jours? Pour l'auteur, il s'agit ni plus ni moins de nos origines « théologiques », en ce sens qu'elles nous parlent du « projet de Dieu sur l'humanité ». Le premier chapitre est incontournable et sert de clé de compréhension pour tout ce qui suit. Sans entrer dans un discours trop spécialisé, Vogels ne craint pas d'aborder les grandes questions soulevées aujourd'hui par Gn 1-11. Il distingue ainsi le vrai théologique de l'historique, présente clairement le rapport entre science et Bible. D'après l'auteur, « si on prétend que la Bible contient un enseignement scientifique, elle entre alors en conflit direct avec les sciences modernes, conflit malheureux, souvent tragique, parfois comique ». Illustrant son propos par diverses théories (le créationnisme; la théorie du Big Bang en lecture parallèle avec le récit de la création), il conclut que « la Bible n'a pas comme raison d'être de condamner ni de prouver la science. Science et Bible ont leur domaine propre et apportent leur contribution à l'humanité dans ses efforts pour comprendre sa destinée ». Vogels revient donc à ce que sont essentiellement les textes de Gn 1-11: des textes religieux. Il précise: des mythes. L'affirmation peut en faire sursauter certains, surtout à cause de la connotation péjorative qu'on accorde à ce mot. Des mythes, c'est-à-dire des récits fictifs, sans importance... Et Vogels poursuit: « Mythe est à comprendre au sens moderne du mot [...] une tentative humaine de présenter sous une forme narrative symbolique une réalité ou une vérité transcendante ressentie intuitivement. » Cette définition vient enrichir ces textes de leur signification véritable et invite le lecteur, dans les prochains chapitres, à une nouvelle lecture passionnante de ces « prophéties du passé ». Trois grandes parties chapeautent l'analyse de Walter Vogels: « De l'harmonie... » (chap. deux et trois); « ... Vers la fin de l'harmonie... » (chap. quatre et cinq); « ... Jusqu'à la confusion » (chap. six et sept). Dans tous les points de l'analyse, on trouve des exemples tirés de situations concrètes, les liens -- quelquefois surprenants -- entre les différents récits, tant dans la structure littéraire que dans le vocabulaire choisi. Première découverte pour le lecteur ou la lectrice: il n'y a pas un récit de création mais bien deux. L'auteur les attribue à deux sources ou traditions distinctes: la tradition yahwiste (J) et la tradition sacerdotale (P, de l'allemand Priestercodex). Elles sont aisément identifiables par le nom de Dieu employé: Yahweh pour J (voir le deuxième récit en Gn 2, 4b-24) et Élohim pour P (voir le premier récit en Gn 1, 1-2, 4a). Ces deux traditions se retrouvent la plupart du temps en alternance jusqu'au récit de Noé et du déluge et dans les généalogies. L'identification de ces deux traditions est importante car elle permet de saisir les préoccupations de l'« auteur ». Ainsi, dans le premier récit de la création, Dieu apparaît comme le Créateur de l'univers; Il est aussi un Dieu fidèle car il « fait » ce qu'il « dit ». On passe ainsi du chaos au cosmos; on assiste à la création de l'humanité. Ce texte est attribué à la tradition P qui proviendrait du VIe siècle avant J.C., durant ou après l'Exil, époque de grand désastre national. Il rejoint donc les gens de cette période, vivant eux-mêmes une situation de chaos. Toutefois, comme le signale Vogels, la compréhension d'un texte ne se limite pas qu'à une seule approche (historico-critique, dans ce cas); on peut aussi re-lire un texte tel qu'il est, dans une approche qu'il nomme « synchronique » et qu'il utilise essentiellement tout au long de son ouvrage. Le lecteur ou la lectrice comprendront sans nul doute qu'il est impossible, dans ces quelques lignes, d'aborder tous les récits de Gn 1-11 et les réflexions éclairantes de Vogels. Mais, en tournant la dernière page de ce livre, il aura la satisfaction et le plaisir d'avoir jeté un regard neuf sur ces récits de la « préhistoire » de l'humanité, c'est-à-dire jusqu'à l'histoire d'Abraham. Je m'en voudrais, finalement, de ne pas souligner l'excellent travail de Walter Vogels sur des thèmes qui ont tant marqué notre histoire et notre compréhension de Dieu. Et si, pour les croyants, Dieu reste le Créateur ou le Grand Horloger, Walter Vogels a su remettre les pendules... à l'heure. * Marie-Thérèse Guilbault est rédactrice en chef de Présence Magazine. |
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