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L'Apocalypse, hier et maintenant par Denis Gagnon* Pablo Richard
À l'heure où les médias nous bombardent d'images de guerres et d'attentats terroristes, nos conversations portent beaucoup sur les ruptures et les destructions. Les discours qui annoncent la fin du monde, ou du moins la fin d'un monde, deviennent plus nombreux, plus éloquents. Et on parle de « temps apocalyptique ». Peut-être n'est-il pas inutile de nous plonger dans le dernier livre de la Bible, l'Apocalypse. Il ne s'agit pas de nous conforter dans une vision catastrophique, mais de relire un livre qui nous entraîne dans une autre perception du monde. Et peut-être des pages qui portent un regard d'espérance et de courage. C'est, du moins, la position de Pablo Richard qui publie L'Apocalypse, reconstruction de l'espérance. L'ouvrage paraît au terme de plusieurs années de réflexion et de recherche. Il a le mérite principal d'avoir été écrit par un spécialiste diplômé de l'École biblique de Jérusalem et de la Sorbonne. Ce qui lui accorde déjà beaucoup d'autorité. Mais Pablo Richard est profondément engagé dans les communautés ecclésiales de base, plus particulièrement avec les délégués de la Parole. Ce qui donne au livre un enracinement solide dans l'actualité et un réalisme qu'on appréciera grandement. L'ouvrage est principalement un commentaire du texte biblique, chapitre par chapitre. Avec une introduction générale où l'auteur analyse trois ensembles de clés d'interprétation de l'Apocalypse: des clés historiques et théologiques, des clés sociologiques et théologiques, des clés littéraires et structurelles. Dès les premières pages, Pablo Richard donne l'orientation de base de son interprétation. « Certaines idées et visées » ont guidé l'exégète et nous donnent le goût de plonger dans le livre. « L'Apocalypse naît en temps de persécution, mais surtout en situation de chaos, d'exclusion et d'oppression permanente. Dans de telles situations, le livre de l'Apocalypse permet à la communauté chrétienne de refaire son espérance et sa conscience. Il porte une spiritualité de résistance et favorise l'organisation d'un monde autre. Il est libérateur, plein d'espérance et d'utopie historique et politique. » Le dernier livre de la Bible s'inscrit dans un important mouvement apocalyptique aux origines du christianisme. Il est une voix critique qui résiste à « l'hellénisation du christianisme et à son institutionnalisation autoritaire et patriarcale ». C'est un appel à une transformation radicale de l'Église et de la présence chrétienne dans le monde. L'eschatologie de l'Apocalypse n'entraîne pas hors du monde. Elle ne porte pas sur la seconde venue du Christ et la fin du monde. Elle ne projette pas au-delà de la réalité concrète. Au contraire, elle est bien ancrée dans l'histoire au coeur de laquelle se dresse Jésus, le Ressuscité d'entre les morts. Puisque le Christ est ressuscité, nous vivons vraiment le temps du Royaume. L'Apocalypse est donc un livre historique, tissé à même les événements de l'époque où il a été écrit. « L'histoire y revêt deux dimensions: une, visible et empirique, que l'auteur appelle "terre" et une autre, mystérieuse et transcendante, appelée "ciel". Une seule histoire, se réalisant simultanément dans le ciel et sur la terre. » Pablo Richard affirme: « L'utopie de l'Apocalypse ne se réalise pas au-delà de l'histoire, mais au-delà de l'oppression et de la mort, dans un monde nouveau où la gloire de Dieu est rendue visible par toute la terre. » C'est pour les pauvres et les exclus que le livre saint est écrit. Il veut montrer la présence du Ressuscité parmi les opprimés, à leur côté et pour leur défense. L'Apocalypse crée des mythes qui mobilisent, qui entraînent dans la transformation de l'histoire. Il détruit les mythes dominants. Les visions que le peuple contemple suscitent chez lui l'imagination créatrice. Elles poussent à chercher des perceptions différentes et des solutions neuves aux problèmes sociaux et religieux. Il y a de la violence dans le livre de l'Apocalypse, bien sûr. L'oppression suscite toujours la haine et la violence. Mais ici elle a pour but de réveiller la conscience des opprimés. Elle appelle « la force de l'Esprit, la force de la conscience, le pouvoir des mythes, du témoignage et de la Parole (ce que nous appellerions aujourd'hui la force spirituelle des opprimés et leur stratégie de non-violence) ». « L'Apocalypse n'est pas un livre abstrait, universel et éternel, valable également pour toutes les époques et tous les lieux. Elle ne contient pas, sous forme chiffrée et énigmatique, l'histoire depuis l'époque de Jean jusqu'à la fin du monde. Elle n'est ni un bulletin de nouvelles concernant l'avenir ni une oeuvre de science-fiction. » Ici, nous sommes en présence d'un écrit biblique mobilisateur, un appel à la conversion, un éveilleur de conscience. Cet écrit invite à faire la véritable histoire, celle qui annonce et réalise la victoire sur le mal, une histoire qui engage fermement dans la construction au présent d'un univers de justice. Le livre de Pablo Richard guidera les non initiés à l'Apocalypse. L'originalité de son interprétation éclairera les autres. Un livre facile à lire sans pour autant négliger la rigueur dans la réflexion. Donc, un bon livre sur un livre d'une grande actualité! * Denis Gagnon est professeur à l'Institut de pastorale des Dominicains. |
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